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3 enseignements à tirer de l’élection présidentielle française de 2012.
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« L’espoir. Quintessence des illusions humaines, simultanément la source de votre plus grande force et de votre plus grande faiblesse »

L’Architecte à Neo in The Matrix reloaded,

dirigé par les frères Wachowski, 2003

« L’espérance pour moi est fasciste »

Lucien Rebatet, Les Décombres, 1942

L’alternance, enfin !

Le 6 mai 2012 sur la place de la Bastille à Paris, dans le remake édulcoré de la grande fête populaire porteuse d’espérances qui avait accompagné l’élection du premier Président de la 5e République française issu de la gauche, le soulagement plus que l’exubérance était palpable. Après avoir manqué l’immanquable et reconduit un président Chirac démonétisé à la faveur d’une élection tronquée par le traumatisme du 21 avril 2002 et l’impossible choix imposé aux 13 millions d’électeurs de gauche orphelins d’un champion. Après avoir laissé passer le train de la rupture en 2007, malgré une candidate originale et porteuse de renouvellement mais totalement plombée par ses insuffisances politiques (et son propre parti). Après avoir gagné quasiment toutes les élections intermédiaires depuis 2004 et échoué à transformer l’essai au niveau national, la gauche revenait enfin à l’Elysée. Le grand balancier historique de l’alternance politique reprenait sa course. La parenthèse délétère des outrances du pouvoir sarkozyste avait eu au moins cet effet bénéfique : la détestation cristallisée par ce Président suractif, transgressif, agressif et destructif avait suscité suffisamment de dynamique négative pour porter son adversaire à la victoire, pourvu que celui-ci ne fît pas d’erreur grossière.

Le 22 avril 2012, exactement 10 ans après la dramatique élimination du candidat socialiste Lionel Jospin par celui d’extrême-droite Jean-Marie Le Pen, les électeurs plaçaient en tête son successeur, François Hollande (28,6%), juste devant Nicolas Sarkozy (27,1%). Pour rester au pouvoir, le Président sortant devait alors tenter de résoudre l’impossible équation de séduire un maximum d’électeurs de « Marine » (17,9%), la fille de Jean-Marie Le Pen, sans effrayer trop ceux du centriste François Bayrou (9,1%). En comparaison, la tâche de Hollande semblait plus simple, dans la mesure où il pouvait compter sur le soutien univoque de la verte Eva Joly (2,3%) et de la gauche radicale de Jean-Luc Mélenchon (11,1%) ; il ne lui manquerait donc qu’une fraction des électeurs centristes pour finir en tête.

A l’arrivée ce ne sont que 3 points et environ 1 million de voix qui séparent les deux adversaires – preuve que malgré la difficulté de la tâche, Nicolas Sarkozy a pu bénéficier d’une réelle droitisation de la société française, à laquelle il a lui-même fortement contribué ces dernières années. Difficile de juger avec certitude ce qu’il aura manqué à cette bête de campagne pour renverser complètement la tendance et renvoyer la Gauche à ses doutes. Un électorat centriste déboussolé par l’illisible inconstance de son leader qui trouve ses dernières certitudes dans l’antisarkozysme ? La frange particulièrement stratège de l’électorat frontiste, attaché à sa perte ?

1er enseignement – l’enracinement de la droite extrême

Galvanisée par un résultat qui a dépassé toutes les anticipations, la candidate de l’extrême-droite et de l’anti-euro se vante désormais d’être la « seule et réelle opposition » en France, poursuivant sa dénonciation du système incarné par les deux finalistes. Elle misait à l’évidence sur la défaite de Sarkozy pour initier une recomposition de la droite à son profit autour de ses positions nationalistes et radicales, à commencer par les élections législatives. De fait, les discours et le positionnement de la majorité sortante démontrent à l’envi que les cloisons entre la « vilaine extrême-droite » et la « droite républicaine » sont en train de s’effondrer. La stratégie de « dédiabolisation » de Marine Le Pen semble avoir fonctionné à plein – certes bien aidée par la radicalisation constante de Sarkozy depuis 2010 et son terrible discours de Grenoble.

Peut être est-il effectivement justifié de répéter à l’envi, comme tant d’experts et de sociologues, que rien n’a changé en profondeur au FN, ni dans ses valeurs fondamentales ni dans le cœur de son électorat, et qu’il est toujours ce qu’il était aux origines. Néanmoins, il faut mettre au crédit de Marine Le Pen au moins une chose très réussie : le parti dont elle a hérité de son père était en quelque sorte une vaste coalition réactionnaire d’opposants au système, agrégeant toutes les survivances des perdants des grandes batailles politiques de l’histoire du pays, contre la République, Dreyfus, de Gaulle, la décolonisation (surtout l’Algérie), l’Europe, « Mai 68 » etc. Elle est parvenue en à peine deux ans à faire évoluer ce parti réactionnaire vers une forme politique plus républicaine, tournée vers le futur et moins confite dans la rumination des défaites passées, engagée dans le jeu démocratique pour le gagner et non plus seulement le perturber. Marie-Christine Arnautu, vice-présidente du FN insiste même : « Ceci était une campagne professionnelle en comparaison avec 2002. En 2002 c’était un vote protestataire. Aujourd’hui ce n’est plus le cas. » C’est un vote d’adhésion clament tous les cadres frontistes.

Difficile de dire avec certitude en quelle proportion ce vote était un vote d’adhésion ou tout de même de protestation. Les 15% environ d’électeurs FN qui ont choisi de voter pour le candidat de gauche rassemblent aussi des électeurs de gauche « égarés » au premier tour, mais avec les 30% environ qui ont délibérément voté blanc, ils sont plus clairement dans une démarche protestataire que ceux qui finalement auront choisi la version « parlementaire » de leurs priorités politiques. Mélange de stratégie (faire exploser une droite abattue par l’échec de son champion) et de jeu (défier le système et ses classifications), cette frange-là de l’électorat FN est dans une démarche affirmative de conviction.

Dans sa stratégie comme dans ses propositions, même les plus exotiques, dans son électorat et dans ses succès présents et à venir, ce FN newlook s’apparente à une sorte de parti post-fasciste, populiste et trendy, très proche de ce que Gianfranco Fini a accompli avec les héritiers de Mussolini dans l’Italie des années 1990 – et alors que Sarkozy a démontré encore une fois son habileté et sa détermination à récupérer le FN, le parallèle avec l’Italie berlusconienne s’impose avec encore plus d’évidence.

Certes, comme l’extrême droite classique, cette nouvelle extrême-droite continue de jouer sur des mécanismes d’exclusion et de différenciation pour se faire entendre. Le bouc émissaire est changeant, mais le principe immuable. Tout « élément étranger » est assimilé à un parasite ou à un envahisseur contre lequel il s’agit de se prémunir. Juif hier, désormais généralement musulman : l’islamophobie est devenue le point de convergence de l’extrême-droite et progressivement de la droite conservatrice. Fi de la religion, l’Islam est compris comme une idéologie conquérante et forcément destructrice, contre laquelle il est possible de lutter en se réclamant du libéralisme politique et de principes universalistes comme la laïcité : habile tour de passe-passe qui permet de dénoncer une nouvelle « trahison des élites ». Car le point focal où se rejoignent mouvements d’extrême-droite et « populismes » divers, c’est l’usage du même discours très réducteur pour opposer élites et peuple.

2ème enseignement – la victoire des discours conquérants

« N’ayez pas peur ! » L’injonction de Jean-Paul II aux Polonais de Solidarnosc en 1981 avait déjà orné le discours de Jean-Marie Le Pen au soir du 21 avril 2002. Nicolas Sarkozy l’a reprise à son compte, sans vergogne. N’ayez pas peur d’espérer, en somme.

« Compatible avec la République » comme le clamait sans vergogne le candidat Sarkozy entre deux tours ? Disons que 6,5 millions d’électeurs, et une frange significative de la jeunesse, démontrent surtout que le FN est devenu séduisant. On s’étonne de voir le score du FN chez les jeunes Français – mais on a trop insisté sur l’embrigadement de la jeunesse dans les régimes fascistes, jusqu’à oublier combien cette révolte, cet engagement, ce sens profond de la fidélité à un ordre idéaliste supérieur et renouvelé est profondément ancré dans la mentalité adolescente. Souffrance, désorientation, perte des repères, colère… Curieusement, personne ne semble admettre parmi les observateurs, commentateurs et politiques que l’émotion qui domine dans le choix de voter pour un parti fascisant comme le FN puisse être une émotion positive : l’espérance. Ce ressort puissant de l’engagement politique. Cet aiguillon, cette foi qui transporte les montagnes.

Il n’est pas inutile de méditer un instant les débuts historiques du fascisme, quand il n’était alors que la doctrine mal dégrossie d’un journaliste socialiste milanais déçu et frustré devant les blocages du système politique de son pays incapable de faire respecter sa participation à la victoire de 1918. Il faut se souvenir de l’inspiration révolutionnaire, du souffle ravageur des transformations radicales ; cette volonté d’aller de l’avant, plus vite, plus fort, de faire table rase d’un ordre social établi, figé et honni. Les espoirs des origines, lorsque le fascisme italien représentait la seule force politique capable d’abattre la bourgeoisie et son règne détesté sans lui substituer la dictature du prolétariat. L’apparition de mouvements fascisants sur nos scènes politiques européennes, c’est un coup de pied brutal dans le château de carte de notre confort post-matérialiste qui dénie à la politique sa dimension onirique. Ce rêve peut bien nous sembler cauchemardesque, fait de bruit et de fureur xénophobe et raciste, de pulsions répugnantes et de colère destructive. Certes. Et nous aurons sans doute raison. Mais il ne s’agit pas de raison ici. Les électeurs du Front national se trompent peut être de colère. Ils se trompent probablement d’ennemi. Mais ils ne se trompent pas sur un point : on a toujours raison d’espérer. Ce qui rend la réponse vraiment compliquée.

François Hollande a su formuler un début de réponse positive à ce défi. Le discours de la croissance a beau être une évidence – le gouverneur de la Bundesbank Jens Weidmann s’est récemment moqué publiquement de cette naïveté équivalant à un vœu pieu de paix mondiale – il était devenu plus rare de l’entendre à gauche, prise au piège de son approche protectrice et défensive. Privilégiant l’emploi sur tout le reste et en particulier le rôle de la puissance publique dans la création d’emplois, la gauche s’est progressivement repliée dans la défense : défense des « acquis sociaux » qu’elle considère à juste titre comme menacés par des politiques qui démantèlent au nom de la réforme et de la modernisation ; défense de telle ou telle catégorie de population, stigmatisée ou maintenue dans une situation d’inégalité… et selon les sensibilités, défense de l’intégration européenne menacée par la crise ou défense des frontières nationales menacées par l’intégration européenne et la mondialisation ; éventuellement, quand elle y pense, défense de l’environnement…

La seule véritable originalité du discours de François Hollande – et ce, dès la primaire socialiste – c’est d’avoir choisi au contraire un discours de mobilisation offensif et non pas défensif. Choix de la croissance, de la jeunesse et de la réorientation européenne. Pour flou ou modeste, ultra-réaliste ou carrément technocratique qu’il paraisse, le discours hollandien a su s’inscrire dans une dynamique conquérante. La politique pour faire ensemble, pour avancer et non pas se replier derrière d’improbables lignes Maginot toutes finalement perméables.

3ème enseignement – l’occasion manquée des écologistes français.

L’espérance – mais pas trop. Le message d’optimisme raisonné de Hollande souligne surtout que le changement promis se conçoit d’abord par rapport à la politique et au style du président sorti. La véritable transformation en profondeur de la société, l’économie et la politique française n’est pas vraiment à l’ordre du jour.

Dans cet ordre d’idée, le résultat médiocre des écologistes français à l’élection présidentielle de 2012 est une formidable occasion manquée. Après les succès remarquables des Européennes en 2009 et dans une moindre mesure des Régionales en 2010, le pari et l’espoir d’installer l’écologie politique durablement comme une force structurante pour la gauche et une force de renouvellement pour l’ensemble de la politique française s’est fracassé sur les logiques particulières de l’élection présidentielle et le cumul des fautes politiques d’un parti pas vraiment à la hauteur de ses ambitions.

Il serait trop long d’entrer dans l’analyse détaillée de cet échec. Signalons seulement que :

•L’ultra-personnalisation du combat politique imposé par la présidentielle française ne convient pas bien à la culture politique des écologistes et à leur préférence pour la substance des discours plutôt que leur musique, si entrainante soit-elle.

•La définition du périmètre de la primaire des écologistes en juin 2011 a eu un effet paradoxal sur l’ouverture de la procédure. Certes, élargi à l’ensemble des coopérateurs et sympathisants éventuels, sous condition d’une adhésion réduite et d’un engagement signé, le corps électoral de la primaire n’a pas permis de dégager une réelle dynamique dans la société française au-delà du champ du parti. Conséquence, les deux principales personnalités en lice (E. Joly et N. Hulot), bien qu’issues de la société civile et « hors-parti », sont devenues par la force de la primaire des candidats « plein-parti ».

•La personnalité de la candidate a posé problème aussi. Les risques d’une candidature de la société civile ont été particulièrement mis en lumière par les errements d’une candidate qui ne maîtrise pas avec assez d’habileté les codes médiatiques et le jeu politique. Certes, E. Joly représente une grande figure exceptionnelle dans le paysage politique français, respectée et admirée pour son parcours et son passé, mais sa transformation en femme politique à part entière n’a pas été concluante.

•La conséquence de cette insuffisance, c’est la prise en main de la ligne politique de la campagne par l’entourage et non la candidate, rendant l’absence de ligne politique identifiable encore plus criante et menant à une campagne de coups et de réactions à l’actualité au début, puis de niches par la suite.

•Enfin, à la confluence de ces différents handicaps, il faut noter la progressive dégradation du prisme médiatique dans lequel la campagne et la candidate étaient perçues. Cette spirale négative a alors mis en exergue les dissensions et critiques, justifiées ou inopportunes, venues des propres rangs des écologistes.

Sortir de l’impasse : notre politique de l’espérance

C’est une occasion manquée. Mais pour autant, y-avait-il une réponse écologiste au désenchantement de la politique en général et au Front National en particulier ?

On pourrait considérer que c’est un combat inutile pour les écologistes. Que c’est d’abord le travail des sociaux-démocrates ou des partis de la gauche traditionnelle de ramener les classes populaires et la jeunesse dans le giron du camp progressiste. Que le diagnostic écologiste de la complexité du réel est trop sophistiqué. Que nos réponses aux déséquilibres locaux et globaux sont trop éloignées du quotidien de la base électorale. Comment répondre avec la même force de la simplicité à Marine Le Pen quand elle définit la mondialisation comme le fait de « faire fabriquer des objets pas chers par des esclaves ailleurs pour les vendre ici à des chômeurs » ? Tout se passe comme s’il fallait renoncer à penser la complexité du monde pour lui préférer un simplisme tout à fait assumé et plus ou moins généreux comme le prouve la tentation exercée par Mélenchon sur une partie de l’électorat écolo. La réponse écologiste existe pourtant. Elle prend la forme d’une double question posée à ceux qui ont mis leurs espérances dans un populisme malveillant.

1. L’écologie est un projet industriel

Qui va faire la révolution industrielle verte que nous appelons de nos vœux ? Les ingénieurs et fonctionnaires de la transformation écologique ne suffiront pas – et en outre beaucoup se sont laissé séduire par les discours sur la planification en vogue au Front de Gauche. Exemple éloquent : contrairement à ce qui s’est passé dans les mines, jadis, l’acier européen n’est pas mort. Ses processus de production se diversifient encore et la demande pour des produits à la technologie de plus en plus fine existe. Eoliennes, trams, trains, voitures électriques… la révolution industrielle verte ne se fera pas sans acier – mais un acier produit aux normes environnementales et sociales européennes et non au rabais ; un acier sobre en énergie, à l’empreinte écologique soutenable, bien inséré dans un tissu industriel national compétitif, et intégré à un espace européen protégé par une taxe carbone et une forme d’accès qualifié au marché. Ce sont les ouvriers et employés de l’industrie, ainsi que les entrepreneurs innovants et créatifs, qui sont les acteurs indispensables du développement des énergies renouvelables, de la conversion de l’automobile, de la rénovation urbaine et de la lutte contre la précarité énergétique, des activités de dépollution et de tous les nouveaux emplois, qualifiés ou non, que porte la réindustrialisation des territoires européens.

2. La qualité de vie n’est pas un privilège

Qui défend que la santé et l’alimentation ne dépendent pas des moyens de chacun ? Au cœur de la question sociale se trouvent les inégalités écologiques : il y a ceux qui ont les moyens, matériels ou éducatifs, de choisir ou non s’ils prennent leur voiture, s’ils habitent plutôt ici que là, s’ils mangent sainement ou non, s’ils peuvent échapper au stress, à la malbouffe, aux cancers professionnels, etc. Combattre les inégalités sociales c’est combattre aussi les inégalités écologiques – dans le logement, dans l’environnement urbain et rural et les conditions de travail, etc.

En fin de compte, il est peut être temps de s’attaquer aux populismes d’extrême droite autrement que sur le plan des valeurs et de la morale. Articuler des propositions écologistes autour d’un imaginaire alternatif, porteur d’une autre forme d’espérance révolutionnaire que celle qui sous-tend ce revival fascisant. Il s’agit de récupérer le ressentiment et l’énergie, nés des conséquences indésirables de la mondialisation, en les dirigeant non pas contre telle ou telle population, mais en les canalisant de manière positive. La tâche c’est de donner à espérer. Et d’incarner cette espérance.

« Le conformisme dès l’origine inhérent à la social-démocratie n’affecte pas seulement sa tactique politique, mais aussi ses vues économiques. C’est là une des causes de son effondrement ultérieur. Rien n’a plus corrompu le mouvement ouvrier allemand que la conviction de nager dans le sens du courant. »

Walter Benjamin, Sur le concept d’histoire, 1942


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