etopia
L’impossibilité d’une île
 
 
Cédric Chevalier
chercheur-associé Etopia
Autres articles
La tentation irresponsable d’un pseudo-libéralisme illimité
Sommes-nous plus malins que les dinosaures ?
Nucléaire belge - La lettre et l’esprit de la loi
Le principe de réalité
La fabrication standardisée des économistes
Vers la Transition effective
L’impossibilité d’une île
rubrique
 
Derniers articles de cette rubrique
Avons-nous besoin d’un républicanisme vert ?
L’impossibilité d’une île
Changer d’ère. Refondation idéologique pour un XXIe siècle écologique
De l’usage d’un manifeste
Un projet qui relie, une conversation avec le monde…
Nous n’avons jamais été libéraux
 
mots
publications - Notes, traductions…
La réinvention du monde
Manifeste convivialiste
Sortons du mur ! Pour un nouvel imaginaire politique
Le sens du progrès, de P.-A. TAGUIEFF
L’avenir du capitalisme
Paradoxes verts : diagnostic et orientation en terrain difficile
L’écologie revient
publications - Notes, traductions…
La pensée française à l’épreuve de l’Europe
Note de lecture : l’hiver de la démocratie ou le nouveau régime, de Guy Hermet
publications - Analyses
Une vision de l’Europe
La très nécessaire redéfinition de la notion de « Progrès »
La nébuleuse post-matérialiste et la question du bonheur
L’inactualité des partis politiques
Ecologie : la révolution parallèle est en marche
 
Partage
Réseaux sociaux
Forum
en construction
 
 
 
 

Aucun homme n’est une île, un tout, complet en soi ;
Tout homme est un fragment du continent,
une partie de l’ensemble ;
Si la mer emporte une motte de terre,
l’Europe en est amoindrie,
Comme si les flots avaient emporté un promontoire,
le manoir de tes amis ou le tien ;
La mort de tout homme me diminue,
parce que j’appartiens au genre humain ;
Aussi n’envoie jamais demander
pour qui sonne le glas : c’est pour toi qu’il sonne.

Extrait d’un poème de John Donne,
Devotions upon Emergent Occasions, 1624.

Voyage à travers le temps [1]

Nous venons de vivre une étape historique pour Ecolo. Le parti vient en effet d’approuver en assemblée générale, ce dimanche 23 juin 2013, un nouveau manifeste politique. Cet événement survient 28 ans après ce qui fut son premier et jusqu’il y a peu unique exercice du genre, intitulé « Déclaration de Péruwelz-Louvain-la-Neuve exprimant les principes fondamentaux du Mouvement Ecolo ». Un manifeste est comme une constitution pour un parti ; il lui donne une vision politique à l’épreuve du temps. Etant à peine plus âgé que la Déclaration de 1985, je vous propose une mise en perspective de la pensée écologiste et de ce qui reste générateur de rupture en elle aujourd’hui.

En relisant cette fameuse Déclaration, qui s’ancre aux racines du parti, on est frappé par l’actualité que conservent ses lignes. La science confirme aujourd’hui que les perspectives humaines se sont dégradées sur bien des aspects et que certaines tendances destructrices se sont encore amplifiées depuis trente ans. Chacun peut constater que le grand renversement de la pente dangereuse suivie par notre civilisation techno-scientifique n’a pas encore eu lieu. Mais là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve. De manière également significative, des hommes consacrent leur existence à refuser que la catastrophe se produise, penseurs, décideurs et militants du quotidien. Ils nous inspirent une incroyable énergie positive face à l’adversité. Nous sommes reliés à ces précurseurs depuis les années 60 et les premières prises de conscience environnementales jusqu’à notre époque, celle des rapports du GIEC, des films d’Al Gore, des Earth Hour et des appels de plus en plus pressants à enrayer la crise environnementale. Nul homme n’est une île dans le temps. Le cri d’alarme et la volonté de peser sur le réel exprimé par la Déclaration de 1985 demeurent. Et si les tendances ne se sont pas encore renversées, beaucoup de choses ont heureusement changé depuis lors.

Un premier mouvement de balancier : la nature se rappelle à notre bon souvenir

Depuis plus de 50 ans, il s’agit de réparer une erreur historique : avoir fait sortir progressivement la nature de la conscience humaine.

De siècle en siècle, un mirage s’était imposé, celui de croire que désormais, grâce à sa science et sa technologie, l’Homme s’était extrait, arraché lui-même de la nature et de ses fatalités, qu’il n’en était plus l’esclave, qu’il maîtrisait indépendamment son destin, qu’il en devenait même petit à petit le maître incontesté. La trinité de la Science, de la Technologie et de l’idéal de Progrès était devenue la divinité prométhéenne qui remplaçait peu à peu la crainte ancienne des esprits de la Nature.

Or à l’aube d’un jour nouveau, l’Humanité se réveilla en comprenant que le développement de la société industrielle, la même science, la même technologie et le même progrès qui avaient déversé tant de bienfaits sur elle, menaçaient désormais paradoxalement sa propre survie. La prise de conscience d’une minorité de scientifiques et de militants que nous étions susceptibles de disparaître par nos propres actions a causé un choc immense dont les répliques se font encore sentir aujourd’hui. Un premier mouvement de balancier, salvateur, a exploré d’autres perceptions du monde, d’autres paradigmes afin de renouer le lien perdu avec la nature.

Edgar Morin estime ainsi qu’il faut maintenant cesser de voir l’homme comme un être surnaturel, et abandonner le projet de Marx et Descartes de conquête et possession de la nature : « Nous ne sommes pas extra-vivants, extra-animaux, extra-mammifères et extra-primates. Nous sommes peut-être des supers-vivants, super-animaux, supers-mammifères et super-primates. Cette idée fondamentale signifie du coup que, non seulement l’organisation biologique, animale, se trouve dans la Nature, à l’extérieur de nous, mais aussi dans notre nature, à l’intérieur de nous ».

L’histoire du parti Ecolo s’inscrit dans ce courant d’idées qui dépasse la conjoncture. Comme nous y invite Edgar Morin, le renversement de paradigme en cours est une véritable révolution copernicienne, structurelle, de toute la pensée humaine, inédite vu sa singularité, qui replace peu à peu l’Homme en orbite à sa juste place au sein du système naturel. Morin parle de « réintégration de l’environnement dans notre conscience anthropologique et sociale, de résurrection écosystémique de l’idée de nature et d’apport décisif de la biosphère à notre conscience planétaire ».

L’Humanité n’est pas une île, nous faisons intimement partie de la nature. La biosphère est en effet notre seule et unique « Terre-patrie ».

Une conscience humaine planétaire : une même espèce, un destin commun

Le fait naturel, biosphérique, qui s’exprime douloureusement à travers les menaces à la couche d’ozone, à la biodiversité et au climat, a aussi mené mécaniquement à l’établissement d’une réelle conscience humaine de la communauté de destin de notre espèce. Le phénomène naturel n’est toutefois pas le seul à nous indiquer cette communauté de destin. Ainsi, d’autres nouveaux objets mentaux, à la réalité sous-jacente bien concrète, ont renforcé peu à peu la même prise de conscience de notre commune Humanité.

On peut citer d’abord les voyages des grands explorateurs qui marquèrent le début de la Renaissance. En 1919 ensuite, la pandémie globale de grippe espagnole causa plusieurs dizaines de millions de morts à travers le globe, plus que durant la première guerre mondiale. En 1945, l’explosion de la première arme nucléaire utilisée contre l’Homme et la course aux armements de la Guerre Froide qui s’ensuivit, ont révélé à l’Humanité qu’elle avait désormais les moyens techniques de son propre suicide. A ce moment, au-delà du renforcement de la prise de conscience d’une commune Humanité, la possibilité technique pour l’Homme de causer sa propre disparition marque à tout jamais la fin d’une certaine innocence. Désormais, c’est toute la finalité de la technologie qui est remise en question. Enfin, la poursuite de l’expansion des technologies de la communication nous a réunis en une seule communauté humaine. Pierre Teilhard de Chardin a ainsi parlé d’une nouvelle sphère venant compléter la biosphère, la « noosphère », pour caractériser ce nouvel espace mental commun à toute l’Humanité [2].

La prise de conscience écologique, c’est donc la prise de conscience du fait naturel, de la biosphère, mais aussi de notre commune humanité, déclenchée par la perception d’objets globaux communs à tous, certains porteurs d’espoir, d’autres vecteurs de menaces.

Nul homme n’est une île, nous sommes désormais tous reliés les uns aux autres et, ensemble, à la biosphère dans un destin commun à toute l’Humanité.

Un second mouvement de balancier : repositionner l’Homme par rapport à la nature  en conservant les apports de l’humanisme

Le concept de nature revêt, désormais de manière irrévocable, une importance existentielle. La séparation philosophique nette par rapport au non-humain avait donné à l’humain un statut spécial : l’humain n’est pas un objet, il est un sujet de droit. Mais cette séparation humaniste ne doit pas conduire à croire que l’homme n’est plus soumis à aucune dépendance vis-à-vis de la nature. Les évolutions actuelles continuent à nous le rappeler.

Edgar Morin a ainsi écrit : « Certes, il faut valoriser l’homme mais nous savons aujourd’hui que nous ne pouvons le faire qu’en valorisant aussi la vie : le respect profond de l’homme passe par le respect profond de la vie. La religion de l’homme insulaire est une religion inhumaine ». Au-delà de la légitime question de la responsabilité éthique ou de l’obligation morale de l’Homme envers la nature, magistralement abordée par Hans Jonas [3], l’interdépendance intrinsèque des destins de l’Homme et de la nature nous donne un motif purement pragmatique de défense de l’environnement : nous ne survivrons pas sans la nature. Ainsi l’Homme avec un grand H est lié de façon indéfectible à la Nature avec un grand N.

Morin poursuit donc de manière magnifique : « C’est désormais sur cette Terre perdue dans le cosmos astrophysique, cette Terre « système vivant » des sciences de la terre, cette biosphère-Gaïa, que peut se concrétiser l’idée humaniste de l’époque des Lumières, qui reconnait la même qualité à tous les hommes. »

Nul homme n’est une île isolée de l’environnement. Le premier mouvement de balancier a conduit à une remise en question massive de la Science, de la Technologie, de la religion du Progrès et à une prise de conscience de la place de l’Homme dans la nature. A juste titre. Il est nécessaire néanmoins d’assumer également un nécessaire rééquilibrage de balancier. L’Homme doit rester au centre de nos préoccupations, tout en reconnaissant son interdépendance avec la nature. Ainsi, le développement humain ne pourra être que durable. Le choix entre la nature et l’homme est un faux débat. Choisir l’homme, c’est choisir la nature.

De nouvelles catégories de pensée

Suite à la grande prise de conscience du XXe siècle, de nouvelles catégories de pensée sont apparues. La science a formulé les concepts écologiques de système, d’écosystème, de biosphère, plus récemment la notion de limite, concepts qui ont émergé ensuite dans les sphères économiques et politiques.

La philosophie a mis en évidence le besoin humain de nature, source de plaisir psychologique, esthétique et spirituel. Ivan Illitch a défendu la convivialité [4] et mis en évidence la contre-productivité [5], notamment comme critères de sélection critiques de nos technologies. Surtout, le philosophe Hans Jonas a défini un nouvel impératif moral pour l’Humanité : le principe responsabilité, qui conduit à une notion de justice élargie à tous les peuples de la planète ainsi qu’aux générations futures [6] .

En économie, le constat de l’impact du système capitaliste industriel sur la biosphère a conduit à la remise en question de l’objectif de croissance économique, et des indicateurs qui la mesurent. Ainsi, la croissance verte, la décroissance et le développement durable se sont invités dans les débats des économistes.

En épistémologie, des scientifiques [7] ont récemment montré que la science devait également muter pour répondre aux défis qu’implique une transition vers un développement durable fort. La science monodisciplinaire et réductionniste échoue à résoudre les problèmes complexes que nous connaissons. Ainsi, il faut changer les modes de pensée et les modes d’organisation, et modifier et compléter les structures existantes par des mécanismes qui intègrent l’interdisciplinarité et la transdisciplinarité, ainsi qu’une réelle éthique de durabilité forte.

Après la conquête de l’indépendance de certains peuples au cours des derniers siècles, les citoyens du monde prennent maintenant conscience de l’idée d’interdépendance entre états. Même sans la grippe aviaire, quand la Chine éternue, l’Europe et les Etats-Unis ont de la fièvre.
La réflexion politique, enfin, a aussi évolué. Le XIXe siècle fut celui des révolutions, sanglantes. Le changement au XXIe siècle doit être une rupture, certes, mais via une métamorphose, qui implique de changer la structure même et pas seulement de la faire évoluer brutalement. La voie pour y parvenir : la transition écologique de la société.

Aujourd’hui, nous sommes au carrefour de toutes les crises. Il faut prendre en compte le lien Homme-nature et le lien entre les Hommes. Il faut prendre conscience que la crise environnementale est avant tout une crise humaine, une crise de l’Humanité. Et revenir à l’intéressante étymologie grecque du mot crise, krisis, qui signifie « jugement, décision », et renvoie à l’idée de moment clef, où des décisions doivent être prises, avec, par delà les menaces, d’immenses opportunités. Le lieu par excellente de la décision, c’est la politique.

Peser sur le réel : nécessité de l’écologie politique

Aujourd’hui, les scores électoraux d’Ecolo l’indiquent, une prise de conscience écologique se normalise auprès d’une part toujours plus grande de la population. La science est avec nous. Mais au-delà de terribles prédictions, il faut dépasser l’hébétude de la population, non plus marteler ce qui va mal, mais accompagner l’émergence de ce qui, dans le présent, laisse déjà poindre l’image d’un avenir différent.

A l’encontre de certains qui espèrent se passer de l’Etat, et rêvent que le changement individuel suffira, nous devons au contraire démontrer que les enjeux de pouvoir sont inévitables. Nous devons expliquer l’impérieuse nécessité de construire un rapport de force qui nous permette de peser sur le réel. Nous devons dire combien une métamorphose de l’ampleur d’une transition écologique de la société nous force à livrer bataille sur le champ politique. Le véhicule démocratique de notre idéologie [8], qui pèse sur le réel et met concrètement en œuvre la transition, c’est le parti. L’exercice du pouvoir implique la participation aux gouvernements, et donc, d’autant plus dans un système électoral proportionnel, l’acceptation de nombreux compromis. Pas le compromis-trahison mais le compromis-construction, qui reconnait que nous n’avons pas la seule vision du monde autorisée, qui permet de choisir ses combats, en faisant avancer ce qui peut l’être, et en évitant modestement de reculer sur le reste. Bien qu’aucun autre parti que le nôtre n’assimile comme nous la pensée écologique et ne prône un changement structurel, nous avons besoin d’alliances. Le parti Ecolo doit rester radical, exigeant et refuser le statut quo mais savoir se montrer compétent, responsable, généraliste et pragmatique dans le cheminement vers une vision positive du futur.

Notre mission, malgré sa difficulté herculéenne, s’énonce simplement : « universaliser les modes de vie durables ». Cela implique de profonds changements structurels. On peut penser de façon légitime que l’écologie n’avance jamais autant que quand les Ecolos sont au pouvoir. Mais pour que la transition se réalise, un parti doit, au-delà des militants et des convaincus, rassembler l’ensemble des forces vives citoyennes, publiques et privées, dans un mouvement sociétal général. La clef de cette transition est la mise en œuvre d’une nouvelle intelligence politique du changement. Nul homme n’est une île : nul homme ne peut mener seul ce combat. Le parti Ecolo non plus n’est pas une île : la mobilisation de l’ensemble des forces vives de la société et les alliances politiques sont impératives. Enfin, nos régions ne sont pas insulaires : l’échelon politique européen est probablement le seul qui nous permettra de peser efficacement sur les enjeux mondiaux.

Aller plus loin dans la réflexion, accepter la complexité

On parle souvent de « gérer mieux l’environnement et la nature ». Néanmoins, l’histoire de la vie sur Terre depuis 4 milliards d’années indique sans équivoque que personne, fut-il encore ingénieur ou économiste, ne peut « gérer la nature ». C’est l’extraordinaire succès de notre propre expansion, en nombre et en impact, qui nous menace à court terme, alors que la biosphère autorégulée supportait jusqu’ici nos facéties. Ne doutons pas qu’elle supportera encore des millions d’années après nous bien des bouleversements. Un renversement de perspective s’impose pour nous Humains : il ne s’agira plus, au XXIe siècle, d’essayer de « gérer la nature », mais plutôt d’apprendre progressivement à « nous gérer nous-mêmes » si nous voulons y conserver une place confortable.

De manière ironique, Edgar Morin parle dans ses écrits de « ce qui était secondaire et que certains ont pris pour le principal : la crise énergétique ». Le problème énergétique se trouve pourtant au nœud principal des crises environnementale, économique et sociale. Demain on parlera aussi de plus en plus d’exergie [9]. La notion d’énergie est centrale mais informe peu sur la pertinence de ses usages. L’exergie reconnaît l’interdépendance de l’énergie à son environnement et pourrait constituer un étalon de mesure physiquement comparable de toutes les technologies, rendant au passage la place qui leur revient aux énergies renouvelables en mettant en évidence le gâchis que constituent les usages fossiles actuels.

L’économie sera sans aucun doute le champ de bataille politique principal du XXIe siècle. La science économique en particulier, si elle veut rester crédible, doit reconnaître le lien direct entre l’énergie, la matière et le système économique. Bien sûr, l’Homme est la finalité de toute chose. Mais le lieu de l’interdépendance entre l’Homme et la Nature, de transferts massifs d’énergie et de matière, est la sphère économique elle-même. De manière un peu provocante il va être nécessaire, au cours du XXIe siècle, de « remettre l’économie au centre ». Au centre de la pensée, pour provoquer une rupture paradigmatique en sciences économiques, ce à quoi s’attache l’économie écologique. Et n’ayons pas peur pour Ecolo d’avancer en terres peu connues. En effet, le réalisme est bien de notre côté.

Si l’enchevêtrement des crises vient bouleverser un jour la normalité de nos vies actuelles, les valeurs de non-violence et de démocratie que nous portons haut seront alors le rempart contre toute tentation totalitaire. Cela surprendra sans doute certains de réaliser que la non-violence est plutôt affaire de pragmatisme et même de realpolitik. Ainsi, Gene Sharp, un célèbre théoricien des transitions démocratiques, a relevé que dans de nombreuses transitions démocratiques réussies, c’est « l’arme » de la non-violence, couplée à la préparation anticipée de l’après dictature, qui a mené aux changements démocratiques les plus réussis [10].

Enfin, multiplicité n’est pas duplicité. Socialement et politiquement nous sommes multiples. On peut être cohérent en acceptant des exigences à niveaux multiples, en combinant par exemple sans être hypocrite une transition personnelle radicale, une réflexion ambitieuse et une implication militante fortes avec une action de mandataire pragmatique. Un niveau d’exigence unique, imposé à tous les niveaux d’action, n’a aucune chance de faire taâche d’huile.

Robinson qui se sentait bien seul sur son île, l’avait appelée Speranza, « Espoir ». Après l’assemblée générale du 23 juin, nous devons continuer à propager la flamme inspirante de nos idées. Comme l’a dit Pierre Radanne, nous avons un besoin vital de nouvelles « narrations », pour penser autrement : « Il faut garantir à chacun la possibilité de se construire le scénario d’une vie bonne au XXIe siècle, avec ses semblables, qui respecte les générations futures. »

[1Texte écrit en hommage à ceux à qui nous sommes et restons reliés.

[2Et qu’internet exemplifie à merveille.

[3Dans son ouvrage Le principe responsabilité.

[4Selon Ivan Illitch, un outil ou une institution convivial(e), indépendamment de son degré de complexité, ne dégrade pas l’autonomie personnelle en se rendant indispensable, ne suscite ni esclave, ni maître et élargit le rayon d’action personnel. Ainsi, le vélo et les moteurs sont considérés comme des outils conviviaux tandis que la voiture et les systèmes de santé modernes sont considérés par Illitch comme non-conviviaux. Le sens de convivial est ici différent du sens commun et plus proche de la racine latine « vivre avec ». Les outils conviviaux sont des outils avec lesquels on peut vivre réellement.

[5La contre-productivité est un concept introduit par Illitch qui signale qu’une technologie sensée augmenter la productivité, quant elle est utilisée à l’excès, conduit à des conséquences inverses. On peut citer les exemples des embouteillages pour la voiture, des difficultés à communiquer réellement pour les TIC, et de la résistance des microbes pour les médicaments.

[6Le principe responsabilité est, selon Hans Jonas, une conséquence morale d’un pouvoir techno-scientifique qui nous donne une liberté inouïe, et de manière centrale la liberté pour l’Humanité de se suicider, dans un contexte où le prométhéisme, le dogme du « Progrès Techno-Scientifique » illimité a favorisé la révolution industrielle mais menace désormais l’Humanité au XXIe siècle. Le principe responsabilité se condense comme suit : « agis de telle sorte que les effets de ton action soient compatibles avec la permanence d’une vie authentiquement humaine sur terre ».

[7Notamment le professeur Tom Dedeurwaerdere, dans le rapport remis au Ministre du Développement durable Jean-Marc Nollet, et intitulé Les sciences du développement durable pour régir la transition vers la durabilité forte (voir en fin de ce numéro).

[8La noble science des idées, basée elle-même sur la science et la raison, et pas le dogme autoritaire auquel on l’assimile dans certains débats.

[9En thermodynamique, l’exergie est une grandeur permettant de calculer le travail maximal que peut fournir un système à l’extérieur lorsqu’il se met à l’équilibre thermodynamique avec son environnement. Le travail maximum récupérable est ainsi égal à l’opposé de la variation d’exergie au cours de la transformation. Si l’énergie ne peut que se transformer sans jamais se détruire (premier principe de la thermodynamique), l’exergie ne peut en revanche que diminuer dans les transformations réelles. L’exergie détruite au cours d’une réaction est appelée anergie. Ce phénomène est lié à l’entropie du système et de son environnement, qui ne peut qu’augmenter au cours d’une transformation réelle, non réversible (deuxième principe de la thermodynamique).

[10On peut citer notamment la fin de l’apartheid en Afrique du Sud, l’indépendance de l’Inde et le mouvement afro-américain des droits civiques aux USA.


©©