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De la Gueule Ouverte à la revue Silence
 
 
Michel Bernard

Journaliste à la revue Silence

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Le rôle des médias dans l’avancée de la pensée écologiste en France

Les revues écologistes ont eu un rôle essentiel dans la diffusion de l’écologie et dans la mise en réseau de ses acteurs. Dès le début des années 1970, de très nombreux débats s’y sont tenus, permettant d’avancer de nouvelles idées et de présenter de nouvelles pratiques. Exemples avec deux revues écologistes françaises qui couvrent les 40 dernières années.

Avant de se concentrer sur ces revues, il est important de souligner que les précurseurs de l’écologie apparaissent bien plus tôt dans notre histoire, par exemple : le mot « écologie » est créé en 1866 (Ernst Haeckel), la notion de permaculture en 1910, la théorie sur le pic pétrolier en 1956 (Marion King Hubbert), l’alerte sur les dangers des pesticides en 1962 (Rachel Carson), les risques de surpopulation en 1968 (Paul Ehrlich), l’impossibilité d’avoir une croissance infinie en 1972 (Club de Rome)… Les grandes associations environnementales naissent progressivement : WWF (1961), Nature & Progrès (1964), Les Amis de la Terre (1969), Greenpeace (1971)… L’écologie devient de plus en plus politique au cours des années 1970. Les premiers partis verts voient le jour à la fin de la décennie [1].

Du côté des médias, la première revue d’importance est The Ecologist dont le premier numéro paraît en juillet 1970 en Grande-Bretagne. En France, Pierre Fournier est dessinateur dans Hara-Kiri, revue anticonformiste née en 1960 à l’initiative de François Cavanna et de Georges Bernier (Professeur Choron). Celle-ci est interdite en 1969 et change de nom et de forme pour devenir Charlie-Hebdo. Pierre Fournier y coordonne alors la page « environnement ». Elle aura un écho plus important après les événements de mai 68, les mouvements du « retour à la terre » et d’expériences communautaires prenant de l’ampleur. Quant au contexte dans lequel ces revues vont émerger, il faut rappeler qu’en 1972, les premières menaces sur le pétrole permettent au gouvernement français de justifier le lancement d’un programme nucléaire (« 200 centrales en l’an 2000 »). C’est aussi l’annonce de l’extension du camp militaire du Larzac, c’est encore la lutte contre la militarisation de la société avec les objecteurs de conscience et les insoumis… Bref, tout ce contexte permettra l’émergence d’une presse particulière, anticonformiste, libertaire et écologiste.

Les initiateurs de la Gueule ouverte

Pierre Fournier évoque ces événements avec rage et une page par semaine ne lui suffit plus. Il demande à Bernier et Cavanna, une aide pour lancer un supplément mensuel qui sera entièrement consacré aux questions d’écologie politique. Installé en Savoie (France), il va commencer par recruter des militants autour de lui pour constituer une équipe de rédaction… ce qui explique la présence de très nombreuses personnes de la région Rhône-Alpes. Dans les premiers numéros, on retrouve des personnes comme Isabelle Monin-Cabut, Philippe Lebreton, Roger Bernard, Arthur et des dessinateurs venant de Charlie-Hebdo comme Gébé, Cabu, Reiser (qui y développe sa « chronique de l’énergie solaire »), Willem, Wolinski, Hugot… Certains suivront l’aventure de bout en bout, d’autres non (plus d’informations biographiques sur toutes ces personnalités dans l’encart). Les premiers numéros sont publiés dans un grand format, sur 48 pages. Ils sont placés en kiosque et les ventes sont tout de suite importantes : 70 000 exemplaires pour le premier numéro. Hélas, Pierre Fournier, né en 1937, meurt d’une crise cardiaque le 15 février 1973 après la publication du 4e numéro. En 1974, la revue devient indépendante des Éditions du square (Hara-Kiri, Charlie-Mensuel) et devient hebdomadaire.

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Parallèlement, en 1972, le Nouvel observateur lance Le Sauvage d’abord en supplément (200 000 exemplaires pour le 1er numéro) puis de manière indépendante à partir de 1973. Beaucoup plus sage que la Gueule ouverte, on y retrouve des membres des Amis de la Terre, souvent issus du Parti Socialiste Unifié, proche du PS (avec Laurent Samuel, Alain Hervé, Ghislain Nicaise). Le Sauvage diffusera autour de 25 000 exemplaires jusqu’en 1979. Il réapparaît sous forme d’un site internet en 2011 [2].

Un événement a un impact fondamental sur la vie de ces revues. Le 31 juillet 1977, la manifestation contre la construction du surgénérateur « Superphénix » dégénère (un mort, une centaine de blessés dont une dizaine graves, plusieurs arrestations pour 60 000 manifestants). Le mouvement écologiste est traumatisé. La Gueule Ouverte est prise à partie. Cette revue a en effet animé un long débat sur la violence de l’État contre les manifestants et ses prises de positions ont souvent été assez tranchées. Cependant, l’énorme onde de choc qui a suivi cette manifestation l’a fragilisé et ses ventes ont baissées. Par ricochet, une autre revue Combat-Non-violent animée par un collectif qui vit en communauté à La Clayette (Saône-et-Loire) est aussi en position fragile. Du fait de personnes communes entre les deux revues, il ne reste plus que la solution de la fusion. Elle s’opère à la fin de l’année 1977. Cependant, les positions de La Gueule Ouverte sont maintenues puisque dès 1978, le sous-titre « combat non-violent » disparaît. Mais le déclin est amorcé et le dernier numéro (n°314) sort le 29 mai 1980.

Il ne reste alors qu’une revue écologiste d’ampleur nationale : Ecologie Infos, animée par Jean-Luc Burgunder [3], mais sa diffusion est beaucoup moins visible que la Gueule Ouverte. Ecologie-Infos est née de l’Agence de presse Réhabilitation écologique (APRE) en 1970. Elle essaie de faire circuler les infos écologistes sous forme d’un bulletin hebdomadaire. Ce bulletin se transforme en revue en 1979 et durera jusqu’en 1992.

L’affirmation d’une écologie politique indépendante

Comment va se structurer l’écologie politique en France au début des années 1980 ? En 1981, se tiennent à Lyon, les Assises de l’écologie pour désigner un candidat aux élections présidentielles. En 1979, s’est constitué le Mouvement d’écologie politique (MEP) qui soutient alors la candidature de Philippe Lebreton. Une deuxième structure, initiée par des proches des Amis de la Terre a lancé la Confédération écologique, qui se nationale et plus décentralisée. Elle présente plusieurs candidatures : Brice Lalonde et Yves Cochet. Enfin, un troisième collège réunit les « diversitaires », les groupes écolos de base qui ne souhaitent pas un mouvement national et qui souhaitent des alliances ponctuelles pour les élections (ce troisième groupe dialogue via le bulletin de l’APRE). C’est Brice Lalonde qui sera candidat, provoquant ensuite une crise chez les Amis de la Terre : ceux qui veulent faire de la politique rejoindront la Confédération écologique, les Amis de la Terre se recentrant sur l’activité associative.

En 1982, le MEP devient les Verts-Parti, la Confédération devient Les Verts-Confédération. Les deux fusionnent pour donner les Verts en 1984.

Mais revenons un peu en arrière, en 1981, l’arrivée du PS au pouvoir marque un tournant pour le mouvement écolo. Une partie des militants, comme Isabelle Cabut estime que l’écologie est une partie du socialisme [4]. Le Sauvage s’arrête. D’autres pensent que l’écologie est un nouveau paradigme et ne peut être représentée par le socialisme : ce sont les questions sociales qui sont au sein de l’écologie et non l’inverse. Ce débat aura un impact très important, de nombreuses autres revues écologistes ou alternatives ne survivront pas à l’alternance gauche-droite : Antirouille [5], Le Pont (revue d’écologie pratique), Le Pigeon Voyageur (revue d’écologie pratique et poétique)…

La revue Silence

En 1976, pour préparer les mobilisations contre Superphénix, surgénérateur situé à mi-chemin entre Lyon et Genève, un « groupe écologiste de la Doua » voit le jour sur le campus universitaire de la Doua (Université Lyon 1, sciences). Originalité de la structure, elle est mixte « enseignants-étudiants ». En 1979 et 1980, le groupe publie 13 exemplaires d’une revue diffusée uniquement sur le campus, Poing noir (tirage à 700 exemplaires). Le groupe est si actif que lors des élections de 1981, quand la revue L’Etudiant publie une carte de France des tendances politiques des universités, l’Université Lyon I est la seule à être classée « verte ».

En 1981, Michel Bernard co-organise une marche antinucléaire entre Superphénix et Paris, marche qui se déroule pendant trois semaines au printemps 1982. Cette marche est très mal couverte par les médias dominants, bien qu’il y ait 5000 marcheurs à la dernière étape, et peu par les médias militants quasi-inexistants au niveau national. Plusieurs participants à la marche, dont Michel Bernard, débattent de cette absence des médias et un contact est pris avec Ecologie-infos pour faire un supplément Rhône-Alpes. Les rédacteurs de celle-ci proposent de faire un numéro spécial mais refusent un supplément régulier. Ils décident alors de lancer une revue régionale, c’est ainsi que nait Silence en octobre 1982. Le titre est choisi par contre-pied à la Gueule Ouverte et pour la rime avec non-violence.

La revue bimensuelle commence sans un seul soutien financier et est tirée à 700 exemplaires. Elle va croître progressivement jusqu’en 1986 (2000 exemplaires). L’épuisement gagne l’équipe bénévole et provoque un arrêt de la publication de neuf mois. L’équipe décide alors de faire évoluer la publication vers un mensuel et d’étendre la diffusion sur l’ensemble du territoire français. Le premier employé est engagé et l’informatisation est en cours. Michel Bernard sera engagé comme journaliste en 1992. La revue atteindra une diffusion de 7000 exemplaires (dont 4900 abonnés) en 2008.

Aujourd’hui, après 400 numéros parus, elle compte 5 salariés (deux journalistes, deux administratifs et un maquettiste), fonctionne en grande partie en autogestion, avec salaire identique pour tous (SMIC + 30 %) et diffuse entre 5500 et 6000 exemplaires. Elle n’est toujours pas diffusée en kiosque. De fait, elle est devenue la plus ancienne revue d’écologie politique en français.

Quels sont les points de comparaison ?

Du temps de la Gueule Ouverte, il fallait posséder un important capital pour pouvoir lancer un titre. Ce sont les réseaux de Georges Bernier qui ont permis de lancer Hara-Kiri et ensuite la Gueule Ouverte. Le choix est pris d’être disponible en kiosque et entraine donc un tirage de 20.000 à 25.000 exemplaires. La ligne éditoriale se veut lieu de débat, ce qui est très novateur à une époque où l’on commence tout juste à parler d’écologie politique.

Les initiateurs de Silence, de leur côté, ont créé la Maison de l’écologie de Lyon, un magasin surtout, à l’origine spécialisé dans le papier recyclé, dont les rentrées permettent l’engagement des premiers salariés du périodique. Ils ont toujours refusé la diffusion en kiosque afin d’éviter l’énorme gaspillage de papier. Une autre différence est à souligner, Silence émerge dans le monde éditorial au même moment que les Verts sur la scène politique. Par contre, refusant chacune la publicité dans leurs colonnes, les options politiques sont assez proches : écologisme libertaire, antimilitarisme, antinucléaire, féminisme, anticapitalisme, changement du bas vers le haut, autonomie, soutien aux alternatives concrètes… avec une différence notable : l’affirmation de la non-violence à Silence, qui de ce fait la rapproche plus de Combat-non-violent. On remarque que les positionnements des différentes lignes éditoriales sur la question de la violence sont fondamentaux pour les lecteurs, voire pour la pérennité de ces publications.

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Sur la forme, Silence n’a jamais bénéficié de « grands noms » que ce soit pour les textes ou pour les illustrations, même si certaines signatures de la Gueule Ouverte sont apparues à l’occasion ou si certains auteurs écrivent de temps en temps dans la revue (Serge Latouche, Agnès Sinaï, Susan George, Yves Cochet, Pierre Rabhi, Isabelle Stengers, Aurélien Boutaud, etc.). Il n’en reste pas moins que Silence a assuré une certaine continuité alors qu’à plusieurs reprises l’écologie politique disparaissait des grands médias et de la scène politique. Silence a été précurseur de multiples débats. Voici un aperçu des thèmes qui ont été mis en exergue : comment sortir du nucléaire en évitant les grands projets capitalistiques autour des renouvelables ?, la promotion de l’autonomie et de la réduction du temps de travail (1983 puis hors-série en 1995), les monnaies alternatives (1987, puis un hors série en 1998), la critique du développement (depuis 1988), l’importance du changement climatique (avec un hors-série dès 1990), la promotion de la décroissance (avec des articles dès 1988, un dossier en 1993, un livre en 2006), l’opposition aux OGM (dès 1994), les risques de la téléphonie mobile (dès 1996), le rôle confus de l’action humanitaire/militaire (1996), la dénonciation des dérives sociales de l’agriculture bio (depuis 1999), la critique de la malbouffe avec un dépliant anti McDo diffusé à plus de 100 000 exemplaires (1999), alerter sur les conséquences sociales du développement de l’informatique (à partir de 2000) puis sur la consommation d’énergie que provoque internet (2012), mise en garde contre les dérives des initiatives de micro-finances (depuis 2001), critique du concept flou du commerce équitable (2003)… La revue Silence a initié le premier camp-action climat (en 2009 à Notre-Dame-des-Landes) et est à l’origine de l’importation du mouvement des Villes en transition en France (traduction du Manuel de transition en 2010), et a lancé une critique des mouvements slow (2013).

Comme la Gueule Ouverte, Silence relaie les grandes campagnes en cours comme actuellement la lutte de Notre-Dame-des-Landes ou l’opposition à l’exploitation des gaz de schiste. Tous ces exemples démontrent l’engagement de la revue et l’acuité de ses analyses.

Qu’est ce qui différencie ces deux publications ?

La Gueule Ouverte a eu une influence majeure pendant quelques années (1972 à 1977) puis a décliné rapidement pour s’arrêter au bout de seulement 8 ans. Elle est devenue et reste encore aujourd’hui un mythe dans la mouvance écologiste.

Silence a eu une influence modeste, mais est montée régulièrement en puissance depuis maintenant plus de 30 ans. Hélas, depuis la Gueule Ouverte, il n’y a plus eu d’hebdomadaire écologiste en kiosque. Le seul hebdo français où l’on peut trouver une ouverture écologiste est Politis.

Une histoire qui reste à écrire

A plusieurs reprises, Silence a publié un annuaire de la presse alternative (2000, 2002, 2004) recensant près de 400 titres différents. L’arrivée de la micro-informatique a favorisé la multiplication des titres avec de gros tirages (comme La Maison écologique qui flirte avec les 100 000 exemplaires) et de très modestes. Les archives de la revue Silence ont participé pour une part à l’importante exposition 50 ans de presse alternative à Lyon et dans sa région réalisée par le CEDRATS [6] et les Archives municipales de Lyon, début 2013.

Actuellement, il existe très peu d’études universitaires sur le sujet à notre connaissance. Pour des revues anciennes comme la Gueule Ouverte, il y a urgence si l’on veut réaliser des entretiens avec les fondateurs. L’analyse des thèmes développés dans ces revues, les personnalités ayant collaboré avec celles-ci, l’influence de ces périodiques sur les militants écologistes et environnementaux, voilà déjà quelques pistes de recherches qui ne demandent qu’à être approfondies…

Signalons enfin que l’ensemble des archives de Silence ainsi que la collection de la Gueule Ouverte sont conservées par le CEDRATS qui est un centre de documentation militant sur l’histoire de l’écologie politique et des alternatives en France. Celui-ci, localisé à Lyon, accueille des fonds militants de diverses origines : les archives de la revue Silence, une partie du fonds d’Economie et Humanisme, de Peuples Solidaires et bien d’autres. Ils répertorient actuellement environ 3000 titres de revues (soit environ 50 000 numéros différents), depuis la feuille de chou du groupe local écolo lambda à la Gueule Ouverte et bien d’autres. On y trouve aussi 15 000 livres.

Signalons également que Le CEDRATS collabore avec le centre d’archives d’Etopia notamment au sein du réseau international des archives de l’écologise – IEAN [7].

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Encart Biographique

Les signatures au début de la Gueule ouverte

Isabelle Monin-Cabut (1937-2012) compagne du dessinateur Cabu, sera directrice de publication suite à la disparition de Michel Fournier, jusqu’au dernier numéro paru en 1980.

Philippe Lebreton (né en 1933), fondateur de la FRAPNA, Fédération Rhône-Alpes de protection de la nature en 1966, biologiste, s’associe à Roger Bernard (né en 1927) physicien, pour écrire ensemble les chroniques du Pr Mollo-Mollo (n°1 à 14) puis signent ensuite Diogène du nom d’un groupe plus élargi de réflexion sur l’écologie où se retrouvent par exemple des personnes comme Antoine Waechter, Brice Lalonde, Solange Fernex… Les deux participeront à la naissance des Verts dans les années 1980.

Arthur (Henri Montant, 1939-2010), l’un des rares journalistes de formation, est cofondateur de la Gueule Ouverte où il écrira pendant toute la durée de la revue. Il lancera à l’occasion de la guerre du Golfe La Grosse Bertha (1991-1992). Il tiendra une chronique dans les années 2000 dans le mensuel CQFD (revue née en 2003) ou encore dans Siné-Hebdo (2008-2011).

Jean Pignero (1904-2005), instituteur et animateur depuis 1962 d’une petite revue antinucléaire : APRI (Association pour la protection contre les rayonnements ionisants) qui critique aussi bien la bombe nucléaire que les réacteurs nucléaires).

Bernard Charbonneau (1910-1996) a écrit des textes écologiques dès les années 1930.

Etienne Prémilieu, physicien nucléaire lyonnais qui conteste le lancement de la construction de la centrale de Bugey et qui sera ensuite très actif dans la lutte contre le surgénérateur Superphénix. Il participe au lancement de la revue des opposants Superpholix (1976-1984).

Patrick Font (né en 1940), instituteur, écrira sur les tendances communautaires avant de devenir célèbre comme chansonnier avec Philippe Val (aujourd’hui à la tête de France Inter après avoir dirigé le nouveau Charlie-Hebdo).

Pierre Samuel (1921-2009), mathématicien, un des fondateurs des Amis de la Terre en France.

Laurent Samuel, fils de Pierre, journaliste, aujourd’hui vice-président de l’association des journalistes et écrivains pour la nature et l’écologie (JNE), secrétaire du Réseau mémoire de l’environnement (RME).

Christian Delorme (né en 1950) écrit sur l’ethnocide des indiens et deviendra ensuite le « prêtre des Minguettes ». Il fera une grève de la faim en 1981 pour demander la suppression de la double peine pour les délinquants immigrés. Il participe au lancement d’Alternatives non-violentes en 1973, revue qui existe toujours et dans laquelle écrit Guillaume Gamblin, le deuxième journaliste de Silence.

Autres noms relevés dans les premiers numéros

Pierre Clément (n°8) lance un débat sur scientisme et écologie, biologiste proche de Lebreton.

Jean-Pierre Andrevon (n°8), (né en 1937) écrivain de science-fiction

Claude Aubert (n°8) (né en 1936) lancera en 1980 Les quatre saisons du jardinage et les éditions Terre Vivante autour des questions de l’agriculture biologique.

Danielle Fournier, la femme de Pierre, signe un entretien avec Ivan Illich (n°9)

Jean-Marc Carité (n°10) fait une tribune libre. Il est le fondateur des éditions Utovies.

Jean-Paul Lambert (n°21) militera beaucoup pour le distributisme.

Françoise d’Eaubonne (n°24) (1920-2005) lancera la théorie de l’écoféminisme.

Georges Didier (n°24), psychanalyste, est par ailleurs le directeur de publication de Combat non-violent. Cette revue fusionnera avec la Gueule Ouverte en 1977. Georges Didier lancera ensuite la revue REEL qui traitera des liens entre écologie et psychanalyse pendant une dizaine d’années.

Régis Pluchet (né en 1949) participera de 1977 à la revue coopérative L’Impatient (puis Alternative-Santé).

Il serait intéressant de relever tous les contributeurs et de suivre ensuite leur engagement politique des années 1980 à aujourd’hui.

Et les revues chez Etopia… ?

De son côté, Etopia dispose d’une importante collection de revues environnementales. Il s’agit ici de périodiques publiés par nombre d’associations environnementales belges ou étrangères qui ont été constitués progressivement, en plus de trente ans d’activités du Centre de documentation. Ces revues ont fait l’objet d’un inventaire détaillé. Dernièrement, la collection s’est enrichie de revues essentielles pour appréhender l’émergence de la mouvance environnementale comme les revues Survie, Silence et La Gueule Ouverte notamment. La collection comporte quelque 175 titres différents dont Incidence, Espace-Vie, L’Homme et l’oiseau, Environnement et technologie, Tribune de l’eau, BioFuture, Nature et Progrès, Demain le monde. Le Monde autrement et d’autres mondes, L’écologiste, Environnement, La feuille de chou des Amis de la Terre, etc.

À côté de cette collection, signalons également les collections des périodiques réalisés par le parti Ecolo et ses nombreuses régionales et locales. Là aussi, l’exploitation de ces sources permettra aux chercheurs d’étudier les thèmes portés par les écologistes belges depuis la création du parti, les actions menées et l’évolution de la communication.

Pour consulter ces sources : Etopia, centre d’archives privées Avenue de Marlagne, 52 – 5000 Namur – archidoc@etopia.be

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[1En 2012, la revue Silence a publié aux éditions Le Passager clandestin L’écologie en 600 dates qui présente les grandes étapes du mouvement et ses influences.

[2Alain Hervé a aujourd’hui une chronique dans L’Écologiste, version française de The Ecologist qui paraît à partir de 2000.

[3Militant des Verts, il est vice-président EELV de la région Centre de 1998 à 2010, aujourd’hui président d’EELV-Centre.

[4Fin 1981, Isabelle Cabut, ancienne directrice de publication de la Gueule Ouverte, annonce dans une tribune dans Le Monde qu’elle rejoint le Parti socialiste.

[5Y écrivait notamment Jean-Luc Bennahmias, futur secrétaire national des Verts, aujourd’hui député européen au Modem.

[6Le CEDRATS, Centre de ressources sur les alternatives sociales, 27, montée Saint-Sébastien, 69001 Lyon, est dépositaire des archives de Silence.

[7Voir à ce propos l’article de Szymon Zareba : « Les archives de l’écologie passent par un réseau international. L’exemple de l’IEAN. » p. 93.


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