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Proposition n° 2
Réduire la facture énergétique des entreprises pour améliorer la compétitivité
 
 
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« L’énergie la moins chère, c’est celle qu’on ne consomme pas », écrivais—je plus haut au sujet de l’isolation des bâtiments.

Certaines entreprises l’ont parfaitement compris. Ainsi, pour ne citer qu’un seul exemple particulièrement évocateur, Facebook vient d’installer à Luleå, une petite ville du Nord de la Suède proche du cercle polaire, un très important data center. L’atout de cet endroit fort éloigné des habituels centres d’activités économiques ? Le climat ! La technologie mise en place là—bas pour refroidir les serveurs, une opération permanente très grosse consommatrice d’énergie, permet à la société de réduire de moitié sa consommation tout en jouissant sur place d’une énergie verte, hydroélectrique.

Cet exemple, évidemment très symbolique du fait de la notoriété de la marque, illustre de manière spectaculaire la part prise par le prix de l’énergie dans les choix stratégiques des entreprises. Mais au—delà, je veux croire qu’il est emblématique de cette transition en marche, de cette nouvelle manière d’envisager -l’économie, où l’efficience dans l’utilisation des ressources et la maîtrise énergétique sont des leviers prioritaires de compétitivité.

Sursaut de compétitivité

Et des leviers, on va en avoir besoin ! Voyez les chiffres de la Banque nationale de Belgique : dans notre pays, de 2000 à 2010, les coûts salariaux ont augmenté de 32 %, tandis que ceux des matières premières énergétiques ont fait un bond de 156 % [1].

J’entends déjà l’argument : « Oui, mais en Europe, tous les États sont soumis aux mêmes fluctuations du cours des énergies fossiles ; si ça monte chez nous, ça monte aussi chez nos pays voisins ; ça n’entrave donc pas notre compétitivité, contrairement aux salaires. »

Ce serait si simple si c’était vrai. La campagne électorale pourrait se jouer sur un air connu : « La seule chose dont la Belgique a besoin, c’est d’une bonne réforme fiscale, plus à droite ou plus à gauche selon les clochers et, pour le reste, business as usual. »

C’est oublier que l’industrie belge est très consommatrice d’énergie par rapport à ses principaux voisins, qui présentent pourtant une structure économique et industrielle similaire. Notre pays est ainsi deux fois plus énergivore que notre voisin allemand par exemple, comme le montre le tableau suivant, indiquant la consommation intérieure brute d’énergie divisée par le PIB (kg d’équivalent pétrole par 1 000 €).

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Notre tissu économique est donc deux fois plus impacté par les évolutions à la hausse des coûts énergétiques.

Mais une fois ce constat posé, il n’y a de place ni pour le défaitisme ni pour la fatalité : une étude [2] commandée par la FEB (Fédération des entreprises de Belgique) a démontré que la Belgique disposerait d’un potentiel d’économies d’énergie de 29 % en 2030 par rapport à un scénario de statu quo. C’est donc là qu’il faut véritablement investir, l’économie des ressources par les entreprises constituant un facteur évident de compétitivité.

Inutile de réinventer la roue : Régions et gouvernement fédéral disposent d’un outil stratégique essentiel, depuis que José Daras, ministre écologiste de l’Énergie entre 1999 et 2004, a initié à la Région wallonne en partenariat avec le gouvernement arc—en—ciel de l’époque les accords dits « de branche ».

Les accords « de branche »

Un accord de branche est un accord volontaire entre la Région et une fédération professionnelle, visant à réduire les émissions de CO2 et à améliorer l’efficacité énergétique des entreprises qui s’inscrivent dans l’accord.

En Wallonie, chaque fédération sectorielle signataire d’un accord de branche doit atteindre ses propres objectifs en efficience énergétique et en réduction d’émissions de CO2.

Ces objectifs sectoriels sont construits à partir de ceux de chaque entreprise participante. Ces derniers sont déterminés par la réalisation d’un audit des installations de l’entreprise et sont construits sur la base des pistes « faisables techniquement » et présentant un temps de retour inférieur à cinq ans. Une entreprise adhérant à un accord de branche bénéficie des avantages spécifiques suivants :
– avantages régionaux (Wallonie) : niveaux de subsides majorés (audits et études de faisabilité), -réduction de la facture d’électricité liée à la réduction du quota de certificats verts et à une exonération de la surcharge relative à la garantie d’achat des certificats verts par Elia (mécanisme en cours d’adoption) ;
– avantages fédéraux : réduction de la cotisation fédérale sur l’électricité, réduction des accises sur l’achat de produits pétroliers.

Quel est le principe qu’Ecolo voudrait élargir désormais ?

La première proposition consiste à diminuer les coûts de distribution d’électricité payés par les entreprises qui deviennent elles-mêmes productrices d’énergie.

Par exemple, les surfaces commerciales (hypermarchés) qui deviennent productrices d’électricité photovoltaïque et qui en consomment une grande partie, ou bien les entreprises qui installent des unités de cogénération pour leurs besoins en chaleur.

La seconde proposition vise à récompenser les entreprises qui participent activement à la gestion de la demande électrique : dans un partenariat conclu avec les pouvoirs publics, elles accepent d’adapter leur consommation en fonction des besoins du réseau et, en échange, elles sont rétribuées financièrement.

Nous ne sommes pas ici dans une gestion de crise comme l’a établi le gestionnaire Elia avec certaines entreprises qui peuvent être « débranchées » du réseau, en cas de risque de black out. Il s’agit de mettre en place en Belgique une organisation plus large et plus structurée. Ces entreprises deviendraient ainsi des partenaires de la politique énergétique de notre pays en acceptant d’adapter leur consommation en fonction du marché et des pics de demande.

Ce type de gestion est planifié : les entreprises réduisent leur consommation à des périodes prévues, en concertation avec le gestionnaire de la demande. Ainsi, l’industrie agroalimentaire décide de refroidir davantage ses entrepôts dédiés au stockage en prévision d’une hausse de la demande d’électricité. Aujourd’hui, seul un partenariat spécifique entre un fournisseur d’électricité et un consommateur peut récompenser cette démarche. Nous voulons la consolider à travers les agrégateurs comme REstore [3]. Ces derniers seraient rémunérés au prorata des effacements de consommation. Nous passerions alors du modèle électrique nucléaire vorace et centralisé au modèle décentralisé, efficace et renouvelable.

[1Source : Rapports annuels de la Banque nationale de Belgique.

[2McKinsey & Company, Pathways to World—Class Energy Efficiency in Belgium, 2009.


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