etopia
La politique et le bonheur  ?
 
 
Hadelin de Beer de Laer
1990-1997 : consultant en environnement
1998-2002 : expert à la task force développement durable du Bureau fédéral du Plan
2002-2009 : président du SPP développement durable
2009 : conseiller politique "environnement" à ECOLO
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Le but de la politique : augmenter le bonheur total, selon layar

Certains auteurs, Sir Richard Layard en fait partie, cherchent le but ultime de la politique. Layard estime, dans un livre intitulé « le prix du bonheur », que la justification suprême, c’est d’augmenter le bonheur du plus grand nombre. Il prétend que les premiers « économistes » poursuivaient à l’origine cet objectif, mais qu’à défaut de pouvoir le mesurer, il a été remplacé par l’augmentation de la richesse. Selon Layard, on dispose aujourd’hui des méthodes et données pour mesurer le bonheur, ce qui permet in fine de poursuivre cet objectif dans toutes les politiques.

Le but de ce papier est de bien comprendre la pensée de Layard.

1. le but : augmenter le bonheur et d’abord réduire le malheur

Selon Layard, l’objectif ultime de tout être humain est de maximiser son bonheur. Cet objectif est pour lui une évidence ! Mais comment transformer cet objectif individuel en objectif collectif ? En cherchant à atteindre le plus grand bonheur total. En effet, une décision collective de gestion de la société [1] peut amener à réduire le bonheur de quelques-uns au projet d’un accroissement de bonheur de beaucoup, il faut donc mettre en œuvre cette politique. C’est le philosophe Jeremy Bentham (1748-1832, père du libéralisme) qui a promu cette idée.

L’objectif politique ultime du plus grand bonheur total permet d’atteindre une cohérence entre les objectifs politiques et les objectifs individuels.

Layard en profite pour avancer une idée centrale dans son argumentation : l’augmentation du malheur est bien plus pénible que n’est bonne l’augmentation du bonheur (voir ci-après). Toute stratégie politique doit donc avant tout, par simple souci d’efficience, réduire le malheur.

Layard expose ensuite les critiques les plus fréquentes [2] qui sont faites à la poursuite de l’augmentation du bonheur total, et montre en quoi ces critiques sont infondées :

  • Critique : il existe une échelle individuelle des bonheurs, ce qui empêche de pouvoir objectivement et de manière univoque calculer un accroissement où une diminution du bonheur collectif.
    Réponse : les enquêtes montrent qu’au contraire, à travers le temps, les âges et les continents, les paramètres du bonheur et leur mesure sont très constants.
  • Critique : la plupart du temps, chercher le bonheur, c’est s’empêcher de le trouver (paradoxe du bonheur). Chacun se concentre sur des activités (marcher, manger, gagner notre vie...) qui contribuent au bonheur.
    Réponse : ce n’est pas contradictoire avec l’objectif général de recherche du bonheur, y compris celui d’autrui.
  • Critique : c’est un objectif dangereux car il y a un risque d’adaptation au malheur, d’où une possible injustice.
    Réponse : on ne s’adapte pas aux vrais malheurs, ni à l’injustice qui est une source de malheur. Au contraire, la justice et l’équité sont une source de bonheur.
  • Critique : en poursuivant le bonheur, l’équité peut être mise à mal.
    Réponse : non, l’inégalité et l’iniquité engendrent un plus grand malheur total. Poursuivre le plus grand bonheur total, c’est donc forcément aller vers plus d’équité.
  • Critique : la survenance du bonheur dépend des opportunités, l’évaluation varierait en fonction « du vent », il n’y aurait pas de règles claires et constantes.
    Réponse : une société heureuse doit vivre avec des règles. Il y a une approche en deux temps : le plus grand bonheur total nous aide à choisir les meilleurs règles, puis à agir de la manière la plus appropriée lorsque les règles rentrent en conflit.
  • Critique : le bonheur futur n’est pas évaluable car les conséquences sont trop nombreuses.
    Réponse : il n’est pas nécessaire de connaître hyper-précisément toutes les conséquences futures pour évaluer globalement une action. Il faut prendre en considérations l’adaptation dans le futur. Les conséquences les plus immédiates doivent être pondérées de manière plus fortes.

2. Le problème actuel ?

On constate un paradoxe : nous voulons avoir un revenu plus élevé, mais nous sommes moins heureux. Or les indicateurs de bonnes conditions de vie augmentent !

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I Cassiers - http://www.econospheres.be/spip.php?article42

L’objectif politique actuel, à savoir la recherche d’accroissement de richesse, est erroné puis qu’on s’éloigne de l’objectif ultime de l’accroissement de bonheur global.

3. Qu’est-ce que le bonheur ?

Ce chapitre est fondamental dans l’argumentation de Layard, car il doit nous convaincre que le bonheur est une notion que chacun comprend de la même façon, qui est mesurable et donc objectivable en tout lieu de la planète et dans toutes les périodes, stable dans le temps...

Layard se concentre sur le bonheur moyen et le définit comme se sentir bien (aimer la vie et avoir envie que cela perdure). On a observé que les individus se soucient principalement de leur bonheur moyen, les individus acceptent les hauts et les bas sans que ceux-ci n’affectent leur sentiment et déclaration sur leur bonheur moyen.

Peut-on se fier à une mesure du bonheur, où est-il si variable que la mesure ne représentera rien de constant sur lequel on puisse s’appuyer de manière stable pour mener une politique ? En effet, Layard rappelle que les sentiments, sorte de bonheur instantané, varient.

Ils varient [3] :

  • en fonction des activités (on est plus heureux d’avoir des relations sexuelles que de travailler).
  • en fonction des heures (avec un pic à 12h et 22h).
  • en fonction des personnes avec qui on est (on préfère les amis aux clients).

Mais les sentiments ne varient pas au point de modifier l’impression de notre bonheur moyen ! Justement, sur ce bonheur moyen, une même réponse est donnée au sujet d’une personne sur son niveau de bonheur que cela vienne de la personne elle-même, de ses amis ou d’un observateur extérieur. Le bonheur moyen mesuré est donc stable dans le temps et n’est pas purement lié à celui qui répond.

On peut même lier la mesure du bonheur par question à la mesure neurologique. En effet, le bonheur est mesurable par électroencéphalogramme et IRM. Au repos, les électroencéphalogrammes montrant une activité plus importante côté gauche expriment davantage de sentiments et souvenirs positifs, se déclarent plus heureux et profitent plus de moments de bonheur.

En mesurant le bonheur, ne mesure-t-on pas des choses différentes ? Non, le sentiment de bonheur est univoque (on est heureux ou malheureux) même s’il peut être tranquille ou exalté.

Ne risque-t-on pas de mesurer sur le même pied des bons et des mauvais bonheurs ? Aucun plaisir n’est mauvais en soi, il peut l’être du fait de ses conséquences. Il y a des sources de bonheur qui donnent un bonheur moyen plus intense et durable.

  • Des petits plaisirs successifs apportent du bonheur mais peuvent réduire le bonheur moyen global personnel ou collectif.
  • Des bonheurs se basant sur un accomplissement du sens de la vie, de l’autonomie, de relations interpersonnelles positives, d’une acceptation de soi sont corrélés au niveau moyen de bonheur.

Dans les faits, selon Layard, nous nous opérons tout le temps, même inconsciemment une mesure de notre bonheur (bien-être, satisfaction), et nous l’employons comme instance d’arbitrage.

Le bonheur a donc :

  • une composante externe (ce qui nous occupera principalement car c’est lié à la politique).
  • une composante liée à la vie intérieure : on est heureux sur le long terme et de manière stable quand on a de la compassion et qu’on est reconnaissant de ce que l’on a.

4. Pourquoi le bonheur ne progresse pas ?

Il semble assez paradoxal, alors que les conditions de vie s’améliorent et que la richesse augmente, que le bonheur ne s’accroisse pas. C’est contre-intuitif. Layard relate des explications qui montrent que ce qui parait être un progrès agit comme un couteau à double tranchant : les conséquences négatives sont bien supérieures aux conséquences positives.

Mon commentaire : ce chapitre tire son importance de la possibilité de mener des jugements a posteriori sur des politiques, ce qui peut servir ensuite pour mener des jugements a priori de politiques par rapport au bonheur moyen. Il est probable que le lecteur trouvera certains arguments très choquants, voir révoltants. Que le lecteur poursuive sa lecture, les explications ne sont pas centrales sur l’ensemble du raisonnement de Layard.

2L’impact des sciences et des technologies2

3La croissance économique3

Elle sera traitée plus en détail ci-après. Mais à ce stade, Layard nous montre le double tranchant d’une priorité politique sur la croissance par rapport au bonheur. La croissance économique a des aspects positifs : pas grâce à la richesse que la croissance produit (car elle a un effet neutre sur l’augmentation du bonheur du fait qu’on s’habitue) mais plutôt grâce aux machines (qui réduisent la pénibilité du travail et ses impacts sur la santé, voire qui rendent le travail plus intéressant).

Par contre, et de manière plus inattendue, le fait d’avoir rendu le travail plus facile a permis aux femmes d’y avoir accès. Comme les hommes n’ont pas augmenté leur participation aux tâches ménagères, les femmes, devant développer deux boulots, ont été plus stressées, ce qui est une cause de divorce ou de ruptures plus fréquentes. Or la stabilité du couple fait grandement partie du bonheur moyen : ainsi la croissance économique réduit le bonheur moyen.

3L’apparition de la pilule3

On peut croire que l’apparition de ce moyen contraceptif a été une libération de la femme, et que le bonheur a augmenté. Cette réelle libération a aussi entraîné une réduction de l’engagement des partenaires dans la relation. Or une relation stable contribue de manière importante au bonheur. Dans l’état actuel, l’effet global de la pilule n’est donc pas positif sur le bonheur.

3L’apparition de la TV3

Le temps mis à la regarder (3h/jour) a entraîné une réduction de la vie sociale, de la pratique du sport et de la créativité. Plus encore, les spectateurs ingurgitent le contenu qui montrent surtout beaucoup de très riches ou de très belles personnes, ou de très méchants, ce qui entraîne une survalorisation des extrêmes.

A la TV on montre :

  • beaucoup plus de violence que dans la vraie vie, ce qui a pour effet une désensibilisation (ce qui arrive aux autres importe moins) et un changement de norme.
  • beaucoup plus de beauté et richesse que dans la vraie vie, ce qui a pour effet un mécontentement de sa situation (par comparaison) et une réduction du plaisir de ce qu’on a.

2L’individualisme2

Les théories économiques ont beaucoup poussé l’individualisme, qui est devenue la norme de référence. Ceci a eu un impact sur les valeurs spirituelles et morales.

Avec la fin de la déférence par rapport à des situations acquises de manière héréditaires, on a assisté concomitamment à une réduction du respect des anciens ou des personnes à respecter (policiers... ), une réduction, chez les jeunes du sentiment d’avoir un rôle (une responsabilité) et de s’inscrire dans un schéma de valeurs, et une réduction du sentiment de responsabilité d’autrui : ce qui est pourtant une des clés pour créer le bonheur.

Nous vivons encore avec la croyance : « la sélection naturelle (darwinisme) et la main invisible (concurrence entre tous) oblige à être égoïste pour survivre ». Or c’est FAUX, la sélection naturelle a favorisé au moins pour 50% la coopération.

L’individualisme n’apporte pas le bonheur car il rend l’individu trop inquiet (de ce qu’il obtiendrait pour lui-même).

5. Qu’est-ce qui influence le bonheur individuel ?

Layard va commencer par « démolir » l’argumentation classique qui prétend qu’augmenter le revenu accroît le bonheur. Il va ensuite rappeler que qu’être grand ou petit, blond ou brun, jeune ou vieux, avoir un haut QI ou pas n’est pas ce qui influence le bonheur. Le bonheur est influencé par 7 facteurs, selon les études économiques et psychologiques les plus récentes.

2A° Le revenu influence le bonheur, selon la théorie économique classique2

Le marché parfait conduirait au plus grand bonheur possible, compte tenu des ressources et des besoins, sous les hypothèses que les besoins sont donnés et fixes et que l’individu est motivé par de l’égoïsme. La thèse logique : le bonheur est en augmentation si les ressources augmentent. La conséquence logique est que le PIB est la meilleure représentation de ce qui accroît le bonheur bonheur.

Or en pratique, le PIB n’est pas corrélé au bonheur (voir ci-dessus).

La théorie économique classique a 5 conflits avec des caractéristiques du bonheur :

  • les inégalités sont niées dans la théorie classique. Un euro ne vaut pas un euro ! Il est bien connu qu’un euro de plus pour un pauvre occasionne bien plus de bonheur qu’un euro de plus pour un riche. Quand le PIB augmente mais que l’augmentation ne profite qu’aux riches, la croissance du bonheur est bien moindre que si elle avait bénéficié seulement aux pauvres.
  • les externalités sont également niées dans la théorie classique. Omniprésentes, elles changent les préférences des autres. Exemple : si j’achète une Lexus, je fixe une nouvelle référence pour le quartier. Ce n’est pas pris en compte dans la théorie classique. Autres exemples d’externalités : si le revenu des autres augmente, le mien me satisfait moins, si le divorce devient plus fréquent, je me sens moins en sécurité, si je vis dans un quartier où la population est plus mobile, j’ai plus de chance de me faire agresser, si davantage de réseaux associatifs se forment dans le voisinage, je risque moins d’être déprimé, si les autres sont plus égocentriques, ma vie devient plus difficile.
  • les valeurs monétaires qu’un individu donne aux choses matérielles ne sont pas universelles et permanentes : ceci n’est pas pris en compte. Les valeurs sont relatives : si le revenu augmente, la norme sociale bouge par rapport au groupe de référence et chacun veut « rester au niveau de Dupont et si possible faire mieux ». Nous sommes animés par le désir de faire aussi bien que les autres (course au statut). Les valeurs ne sont pas permanentes : on s’habitue au confort matériel, qui fonctionne comme une drogue, et on revient rapidement au bonheur d’avant la croissance.
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Il faut lire le graphique ci-dessus ainsi : si j’acquière un bien matériel, par exemple à 18 ans j’acquière une Fiat Panda, je suis super heureux, après quelque mois, je le suis déjà moins, et après deux ans, je suis revenu à mon bonheur d’avant cette possession, car je trouve « normal » d’avoir cette voiture. Si, de la Fiat Panda, je passe à une Golf GTI, je suis super-heureux, mais après deux ans, je reviens à mon bonheur initial, car c’est « normal » d’avoir cette voiture. Le cycle se poursuit avec une BMW série 5, une Porche Cayenne... Par contre, si après ma Golf GTI, pour des raisons qui ne dépendent pas de ma volonté, je dois revenir à une Fiat Panda, ma perte de bonheur (mon malheur) est deux fois plus intense que le bonheur que j’aurais eu avec la BMW érie 5, est la pente pour revenir au bonheur initial est deux fois plus faible : Il me faudra huit an pour revenir au bonheur initial.

  • L’aversion à la perte n’est pas prise en compte, ce qui, pourtant modifie les valeurs monétaires données aux choses matérielles. Perdre un € ou équivalent occasionne bien plus de malheur que gagner un € n’entraîne de bonheur (expliqué ci-dessus avec le retour « forcé » à la Fiat Panda).
  • la difficulté d’être rationnel et prévoyant. La manière dont les agents économiques attribuent de la valeur (monétaire) aux conséquences des décisions qu’ils prennent les amène à sous-estimer l’habituation, à surestimer des pertes certaines par rapport à de plus grosses pertes postérieures, sans parler de la difficulté qu’ils ont à mettre des chiffres rationnels sur certaines conséquences.

Dans la pratique, on constate qu’une augmentation de revenu est aussi corrélée à une augmentation du malheur (dépression, alcool, criminalité).

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Si tous les revenus augmentent (croissance économique) : la norme de ce qui est un revenu « normal » augmente (voir ci-dessous le graphique du revenu réel par rapport au revenu requis). La conséquence est que le bonheur reste stable (ce n’est pas vrai pour les loisirs). Par contre si certains revenus augmentent et d’autres pas, comme le revenu est (aussi) vécu comme une mesure de l’estime qu’on nous porte, alors apparaît une frustration, et le bonheur global peut diminuer. Les variations de revenu sont un jeu à somme nulle : si je fais mieux, un autre fera moins bien. La frustration peut aussi être vécue au niveau collectif : après la chute du mur, en Allemagne de l’Est les revenus ont augmenté mais les allemands de l’Est on pu beaucoup plus facilement comparer leurs revenus avec les allemands de l’Ouest : on a observé chute du bonheur des allemands de l’Est !

2B° La plupart des différences individuelles ne sont pas des facteurs qui influencent le bonheur2

3Les variables qui n’influencent pas le bonheur3

L’âge, le genre, l’apparence, le QI, l’énergie physique et psychique, l’instruction (sauf son lien au revenu) ne sont pas des variables qui expliquent que quelqu’un est plus ou moins heureux [4].

3Les gènes3

Certes ils affectent la probabilité d’être heureux. Cependant il est difficile de faire la différence entre gène et culture. L’expérience est un facteur plus important que les gènes. Forcément aucune action politique n’est possible sur ce facteur, mais comme il n’est pas dominant, cette explication du bonheur ne rend pas caduque et inutile la possibilité d’agir politiquement sur d’autres facteurs.

2C° Sept facteurs « universels » influencent le bonheur2

3Les relations familiales3

Le mariage ou toute relation d’amour (cela apporte amour, réconfort, relations sexuelles). On ne se lasse pas de bonnes relations familiales ou de relations sexuelles. Il a pour effet d’apporter un équilibre hormonal et une amélioration de la santé.

La séparation entraîne beaucoup de malheur. On ne s’habitue par exemple pas au veuvage.

3La situation financière3

Mais ceci est à mettre en perspective avec ce qui a été dit plus haut sur le revenu. On peut y ajouter que individuellement, les plus riches sont plus heureux que les pauvres, cependant, par accroissement d’€, l’augmentation du bonheur est plus grande chez les pauvres que chez les riches. Dès lors, théoriquement, la redistribution augmente le niveau moyen du bonheur, ce qui se vérifie en pratique, le niveau de bonheur est plus élevé si les revenus sont plus également distribués.

3Le travail3

Il contribue au bonheur dans la mesure où il apporte une contribution à la société (un SENS). Il doit contenir de la créativité.

Le chômage à l’opposé apporte beaucoup de malheur par la perte de revenu et surtout par la perte de l’estime de soi et la perte relations sociales. Les autres sont aussi malheureux du chômage de leurs congénères : on constate une perte de bonheur moyen.

3Les groupes et amis3

Le bonheur est corrélé au niveau de confiance ressenti, lui-même corrélé aux amis qu’on a. On ne s’habitue pas aux amis.

3La santé3

On s’en préoccupe beaucoup mais on s’adapte à son évolution : on constate une surestimation de la perte de bonheur en cas d’ennui de santé.

Par contre on ne s’adapte pas à la souffrance chronique et à la maladie mentale ni aux bruits forts.

3La liberté individuelle3

L’importance démocratie locale a été démontrée [5].

3Les valeurs personnelles3

Les personnes qui se soucient des autres sont plus heureuses que celles qui se soucient d’elles-mêmes.

6. Quelles politiques mener pour favoriser l’augmentation du bonheur ?

Il faut se donner des défis justes : trop bas, on s’ennuie, trop élevés, on ressent de la frustration.

Layard ayant démontré, selon son analyse, qu’il y a des facteurs qui influent sur le bonheur moyen et que ces facteurs sont gérables par la politique, il lui reste à donner des pistes de politiques à mener.

Il va commencer (A) par le besoin de reconnaissance, qui n’est pas décrit dans le chapitre précédent comme un facteur en soi, mais qui a été évoqué comme un facteur de malheur si elle n’est pas présente. Il va ensuite (B) aborder les politiques économiques, en veillant à ce quelles n’augmentent pas le malheur, donc sans lien explicite aux sept facteurs listés ci-avant [6]. Il va enfin (C) dire quelles politique mener en lien direct avec les 7 facteurs explicatifs du bonheur.

Pour toutes les autres politiques publiques, il ne va pas donner des recettes toutes faites, mais va proposer une méthode (D) qui, à la manière d’un test préalable à la décision, permettra de vérifier si cette politique contribue à l’accroissement du bonheur moyen global.

2A. Travailler le besoin de reconnaissance2

La chasse au statut est un moyen d’avoir de la reconnaissance. La chasse au statut est en fait grandement destructrice de bonheur. Un statut haut donne plus de sérotonine, entraîne des artères moins bouchées et une vie allongée (de 4,5 ans), entraîne moins de cortisol. Cependant, nous assistons à un jeu à somme nulle : « il n’est pas suffisant de réussir, encore faut-il que les autres échouent ». De ce fait, la chasse au statut est plein d’externalités négatives. La solution n’est pas de mener une politique publique directe, mais de mener une politique indirecte, à savoir :

3A.1 Taxer la pollution (en l’occurrence le travail)3

Il faut une correction de l’effet indésirable de la course au statut an accroissant le revenu relatif, en taxant de manière plus importante le revenu supplémentaire. Cela permet en outre, au niveau individuel, de corriger le manque d’anticipation à l’habituation d’un plus haut revenu.

3A.2 Arrêter les messages de compétition et d’accumulation matérielle3

Il faut arrêter de diffuser les messages « soyez le 1er », car cela implique qu’il y aura un heureux, le premier, et des tas de malheureux, tous les autres.

Il faut arrêter la rémunération de la performance (sauf pour les vendeurs) partout où il n’y a pas de lien direct entre la performance individuelle unique et le résultat :

  • la rémunération de la performance détruit sentiment d’équipe.
  • comme la performance individuelle est difficilement mesurable, on arrive à comparer les employés entre eux : cela augmente le stress.
  • de plus, la rémunération pécuniaire affadit les autres motivations (exemple : on a demandé à des personnes de différents villages s’ils voulaient accepter des déchets radioactifs dans leur village. Si les habitants étaient payés, on observait un taux d’accord à 25%, si c’était gratuit : accord à 50% l’altruisme s’avérait plus important).

Il faut réduire et réglementer la publicité. Au niveau individuel, la publicité cherche à réorienter les achats et cherche à augmenter les achats (crée des manques) : cela entraîne une réduction du bonheur sur le long terme. Au niveau collectif : la publicité change les normes vers plus de matériel, ce qui entraîne une réduction de satisfaction de ce que l’on a.

3A.3 Promouvoir d’autres sources de reconnaissance3

Il faut promouvoir une comparaison juste. Il faut encourager une comparaison « soi-soi » pour arriver à un dépassement de soi, ainsi qu’une comparaison aux résultats opérationnels d’autres équipes, pour progresser.

Il faut faire la promotion de la coopération. En effet, il y a une relation entre coopération et bonheur [7]. Il faut avoir une politique de rémunération par équipe/entreprise.

Il faut faire une promotion de l’éthique professionnelle. De même, ill faut faire une promotion de la convivialité, du temps choisi.

2B. Cadrer les politiques et règles économiques2

3B.1 L’échange volontaire n’est pas le pinacle : il ne doit pas être promu à outrance, contre des politiques publiques.3

Citation d’Adam Smith : « Ce n’est pas de la bienveillance du boucher que nous espérons notre dîner, mais du souci qu’il a de son propre intérêt. Nous ne nous adressons pas à son humanité, mais à l’amour qu’il se porte à lui-même, nous ne lui parlons pas de nos besoins mais de son propre avantage ». Dans cette conception, nous avons affaire à des arrangements impersonnels.

Examinons l’échange volontaire de plus près. Est-il :

  • juste ? Pas si conditions initiales de l’échange sont différentes.
  • désirable ? pas toujours si les goûts sont difficiles à satisfaire.

L’échange volontaire est efficace SI :

  • il est libre.
  • les informations sont égales pour tous.
  • il est limité aux seules parties de l’échange (si ce n’est pas le cas, il faut internaliser les autres parties non comprises dans l’échange)

Ces conditions sont extrêmement rarement vérifiées. Ceci implique qu’il faille mener des politiques économiques publiques.

3B.2 Il faut choisir des politiques économiques publiques sur base d’analyses coût-bénéfice modifiées.3

La méthode traditionnelle d’analyse coût-bénéfice revient à comparer ce que les uns sont prêts à payer pour qu’une chose soit faite (bénéfice), par rapport à ce que les autres sont prêts à payer pour qu’elle ne soit pas faire (coût) additionné du coût de la mesure. La limite de ces évaluations traditionnelles : l’argent n’a pas la même valeur pour tous. On peut poursuivre l’utilisation de l’analyse coût-bénéfice, mais en donnant des poids différents aux coûts et aux bénéfices, selon l’impact sur le bonheur. Il ne faut néanmoins pas se limiter à des analyses coût-bénéfice, même si elles sont améliorées (voir D ci-dessous).

2C. Mener des politiques agissant sur les facteurs principaux du bonheur (ou réduire les facteurs de malheurs)2

Layard a identifié 6 facteurs qui déterminent 80% du niveau moyen de bonheur. Il va donc travailler sur une partie de ces 6 facteurs : celle qui est accessible aux politiques publiques.

Note :

j’ai mis en plus petits caractères des politiques que j’estime hautement discutables, quelle que soit mon opinion personnelle, et qui ne me paraissent pas particlièrement étayées dans le livre de Layard. J’espère que ces éléments n’empêcheront pas le lecteur d’avoir une vue d’ensemble de l’argumentation.


FacteurObjectifProposition de politique publique
Taux de divorce Réduire le nombre de divorce, les séparations avec enfants, améliorer les relations familiales Formation dès l’école à la relation humaine, au mariage ; soutien aux couples en difficulté (Positive Parenting Programme) ; accompagnement des enfants vivant une séparation ; période de stage avant enfant, permis d’avoir des enfants, soutien aux législations favorable à l’avortement, lutte contre les Don Juan… ; augmenter la possibilité de temps familial (flexibilité horaire, congé parental)
Taux de chômage Réduire le taux de chômage (donner un sentiment d’utilité) et protéger des transformations économiques L’augmentation de la demande n’est pas la (seule) solution gProposer un emploi dans l’année (avec obligation d’accepter un emploi convenable) ; multiplier les formations (par apprentissage) ; ne pas modifier le régime de licenciement ni augmenter la flexibilité ; adaptation des salaires aux possibilités économiques de la région
Niveau de confiance Renforcement de la communauté Freiner la mobilité géographique ; promouvoir la vie associative
Appartenance à une organisation non religieuse
Qualité du gouvernement
Taux de croyance en Dieu Ne se prête pas à des objectifs publics Ne se prête pas à des politiques publiques

Parmi les éléments importants mais non repris dans les 6 facteurs, il y a la santé mentale et les valeurs personnelles.

FacteurObjectifProposition de politique publique
Santé Réduire les maladies mentales Mieux rembourser les médicaments et les thérapies
Valeurs personnelles Augmenter l’altruisme et le plaisir de ce qu’on a Avoir un programme d’éducation à l’intelligence émotionnelle (pg 216) ; enseigner certains principes moraux comme des vérités établies ; interdire la publicité » pour les enfants et plus taxer la publicité

2D. Mener des évaluations systémiques des politiques (autres) par rapport au bonheur2

Face à toute politique, on devrait se poser la question : contribue-t-elle au bonheur. MAIS il faut le faire de façon systémique, c’est-à-dire regarder l’impact sur tous les facteurs, importants pour les humains, de bonheur et de malheur.

  • Si on ne fait pas de manière systémique mais qu’un regarde une politique publique vers un facteur de bien-être, on arrive à la situation actuelle : on mène des politiques sectorielles comme le montre le schéma ci-dessous et le bonheur ne progresse pas.
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  • si on le fait de manière systémique, comme le schéma ci-dessous, alors il faut il faut généraliser ce qu’on peut appeler un « test de bonheur »
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7. Que faire individuellement pour augmenter son bonheur ?

Le livre de Layard traite aussi de ce que chacun peut faire personnellement pour augmenter son bonheur mais il ne s’agit pas du corps de cette note, qui met l’accent sur les politiques.

Nous ne ferons que mentionner certains éléments :

  • Méditer (permet d’éduquer ses sentiments). La tradition bouddhiste nous apprend qu’en :
    • détrônant les pensées négatives,
    • augmentant la compassion vis à vis de soi-même et d’autrui,
    • se pensant comme un flux,
    • mettant moins d’énergie sur la réalisation de soi et plus sur les relations harmonieuses,

on arrive au bonheur et tout ceci grâce à la méditation.

  • Soigner les difficultés par la psychologie cognitive. Elle permet de formuler des buts réalistes et de démonter les pensées négatives
  • S’inspirer de la psychologie positive : se concentrer sur les véritables sources de bonheur. Il faut travailler sur le sens de sa vie, accentuer ses forces (plus que combattre ses faiblesses), arrêter l’optimisation permanente et savourer le présent (le mieux est l’ennemi du bien), être heureux avec ce que l’on a et se comparer le moins possible aux autres
  • Renforcer les valeurs altruistes

Le mot de la fin

J’espère avoir apporté, dans cette note, les éléments essentiels de la pensée de Layard, exprimé dans son livre « le prix du bonheur ».

Chaque élément apporté par Layard mérite d’être discuté. Ceci peut être l’objet d’un autre travail. Mais l’ensemble des éléments n’est pas dérisoire et pose des questions assez essentielles. Cela stimule la réflexion.

Notez bien : en aucun cas, je ne fais miens ni ne cautionne l’ensemble du raisonnement de Layard.

[1Une politique

[2Pages 123 à 138

[3Pages 27 à 29

[4Les études qui le démontrent sont mentionnées à la page 73

[5Page 81

[6Partant du principe qu’éviter le malheur contribue plus au bonheur moyen que l’accroissement d’un facteur de bonheur, il est logique que Layard propose d’abord de faire des politiques qui évitent (favorisent la non apparition) aux personnes de rencontrer le malheur, et d’ensuite des politiques positives qui vont favoriser les facteurs accroissant le bonheur.

[7Page 178


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