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Kim Fredericq Evangelista
Conseiller économique du service d’études d’Ecolo et chercheur associé d’Etopia
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I. Perspectives d’automatisation de l’emploi : à quoi doit-on s’attendre ?

1. Le changement technologique

Il semble aujourd’hui que nous sommes au début d’une quatrième révolution industrielle. Celle-ci repose sur des technologies qui se renforcent et s’amplifient. Ces changements, qui impliquent des ajustements économiques et industriels importants, auront des impacts certains sur l’emploi. Alors que certaines professions vont sans doutes disparaître et que de nouvelles vont apparaître, la très grande majorité des jobs existants vont être modifiés et devront s’adapter aux nouvelles technologies. Il apparaît également que les transformations que nous connaissons sont radicalement différentes des précédentes révolutions industrielles. Il s’agit d’une révolution cognitive. Il est donc délicat de faire un parallèle direct vis-à-vis des révolutions industrielles précédentes. Alors que durant longtemps, le progrès technologique consistait à automatiser des tâches répétitives, principalement dans le secteur manufacturier, la révolution numérique et les nouvelles technologies permettent d’aller beaucoup plus loin.

De nombreuses technologies auront (et ont déjà) un impact sur le marché de l’emploi. Selon le rapport du World Economic Forum [1], les principales influences technologiques sur le marché de l’emploi concernent, par ordre d’importance : l’Internet mobile et la technologie « cloud », le big data, les nouvelles sources d’énergies, les objets connectés (internet of things), l’économie collaborative, les plate-formes et le crowdsourscing, la robotisation et les transports autonomes, l’intelligence artificielle, les imprimantes 3D, les nouveaux matériaux et biotechnologies. Le rapport du WEF tient également compte d’autres impacts sur le marché du travail que nous n’étudierons pas ici : facteurs démographiques, sociologiques et socio-économiques.

2. Automatisation : les tendances macro-économiques globales sur le marché de l’emploi

Le « mythe » de la robotisation qui détruit des millions d’emplois a déjà été annoncé à plusieurs reprises. On peut par exemple citer le rapport Nora/Minc de 1978 sur l’informatisation de la société en France, Rifkin et sa « fin du travail » en 1995, et le mythe de la « nouvelle économie » au début des années 2000. Les auteurs de ces analyses sont lourdement trompés sur la plupart de leurs prévisions. Ils voyaient dans l’informatique une révolution, plus importante que celles de la machine à vapeur, des chemins de fer et de l’électricité, qui allait provoquer des gains énormes de productivité. Ils annonçaient la fin de la création d’emploi dans les services. Or, c’est l’inverse qui est arrivé, la part des services dans l’emploi total a fortement augmenté, les effectifs des secrétaires et l’emploi dans les banques et dans les assurances ont progressé entre 1980 et 2000, et s’ils ont amorcé ensuite une baisse, cela ne tient pas à l’informatique mais avant tout au contexte de “désintermédiation” des années 1990.

Les analyses « catastrophistes » sur la fin du travail ont trois limites principales [2]. 1) Elles généralisent à des secteurs entiers des cas constatables sur des segments d’activités où, en effet, la « machine » remplace le travail humain. 2) Elles raisonnent « toutes choses égales par ailleurs » en n’envisageant pas que, dans chaque secteur et dans l’économie, mais aussi pour nombre de métiers, le contenu de l’activité et de la production change fortement, se diversifie ou « s’enrichisse » en services nouveaux. 3) Ces prospectivistes font comme si le potentiel « révolutionnaire » qu’ils attribuent aux nouvelles technologies n’allait pas se heurter à des freins de toute sorte : freins humains du côté des travailleurs, des consommateurs ou des citoyens, freins économiques (le coût et la rentabilité des investissements dans les machines nouvelles), freins ou contraintes écologiques. Il faut donc résister à l’idée de la raréfaction inéluctable du travail, non pas d’abord pour des raisons idéologiques, au nom de la valeur travail, mais d’abord parce que pour réussir la transition écologique et sociale il va falloir beaucoup d’emplois de bonne qualité dans la période à venir. Les besoins sociaux légitimes sont légion, y compris dans les services du bien vivre, et la lutte contre le réchauffement climatique est urgente. Or elle n’a aucune chance de réussir si on n’y consacre pas des moyens financiers, matériels et humains très importants.

En réalité l’impact global des nouvelles technologies sur le marché du travail est incertain. Le débat concernant l’impact des nouvelles technologies sur le marché du travail se divise souvent entre ceux qui y voient uniquement de nouvelles possibilités et opportunités et d’autres qui s’attendent à la fin du travail et à un véritable chute du nombre d’emplois existants. En réalité, il semble que cet impact variera fortement en fonction du secteur, de la région et du type d’emploi concerné. Et bien sûr, de la manière dont les pouvoirs publics accompagneront la transition. Il est évident que certains emplois disparaîtront et que d’autres feront leur apparition mais l’impact global ne sera pas nécessairement négatif. En effet, les précédents historiques montrent que les gains de productivité liés aux progrès technique vont modifier en profondeur les emplois sans nécessairement les remplacer et être en grande partie absorbés par des réductions du temps de travail.

Les nouvelles technologies vont détruire de l’emploi. De nombreux rapports annoncent d’importantes destructions d’emplois liés à l’automatisation. Selon un rapport de l’université d’Oxford [3], 47 % des emplois pourraient devenir automatisés dans les deux prochains décennies dans les pays développés étudiés. Selon l’Institut syndical européen [4], au sein de l’UE, 54 % d’emplois risquent de disparaître. Selon Social Europe [5], la numérisation peut détruire entre 40 % - 60 % d’emplois en Europe. Selon ces différentes études, tous les emplois qui ne demandent pas de contact humain pourront être automatisés ou relocalisés. Selon certaines analyses (Ford 2015), « pratiquement tout emploi qui implique essentiellement la manipulation d’informations et qui n’est pas d’une manière ou d’une autre tributaire d’un ancrage local (...) court le risque d’être délocalisé dans un avenir relativement proche et de faire ensuite l’objet d’une automatisation complète à un stade ultérieur ».

Les nouvelles technologies vont également créer de nouveaux emplois, nouveaux secteurs, nouveaux services. Selon l’analyse du WEF, 65 % des enfants entrant en primaires occuperont des emplois d’un genre nouveau, qui n’existent pas encore. De nombreuses études soulignent le fait que la robotisation va mener à de nouveaux besoins qui créeront de nouveaux emplois mais sans proposer de chiffrage objectif précis. Le Boston Consulting Group [6], dans une étude commanditée par Google, assure que 300.000 emplois nets pourraient être créés d’ici 2020 en Belgique grâce aux développement des nouvelles technologies qui provoquerait un doublement de la croissance du PIB. La contribution du secteur de l’internet au PIB n’est chez nous que de 5,2 % alors qu’il est de 8,4 % au Royaume Uni et de 6,8 % aux Pays-Bas. Selon une étude de McKinsey, si la Belgique exploitait tout le potentiel du numérique, son PIB augmenterait de 45 à 60 milliards d’euros de PIB d’ici 2025 (soit 10-15%).

La demande pour certains profils va augmenter alors que d’autres seront dépassés. Certaines compétences particulières vont être particulièrement recherchées : résolution de problèmes complexes, compétences sociales, analyse des systèmes, capacités cognitives alors que d’autres le seront de moins en moins : compétences techniques, routinières, automatisables, physiques… Au cours des prochaines années, les percées en matière de robotique et d’automatisation augmenteront considérablement la productivité et l’efficacité, ce qui se traduira par des gains économiques pour les fabricants. Cette vague de développement bénéficiera également aux développeurs de logiciels, aux ingénieurs, aux chercheurs scientifiques et à d’autres travailleurs qui ont les qualifications et la formation nécessaires pour opérer dans cette nouvelle ère de l’industrie manufacturière.

Le profil type de l’emploi à haute probabilité de robotisation est faiblement ou moyennement qualifié et contenant de nombreuses tâches répétitives et notamment l’administration, la vente ou l’entretien. A l’inverse, les emplois faisant appel à la créativité tels que les fonctions managériales, intellectuelles ou scientifiques ou encore artistiques, plus souvent caractérisées par un haut degré de qualification, semblent plus à même de faire face à la nouvelle vague d’innovations.

Les nouvelles technologies vont déplacer les emplois existants (relocalisation). Il faut également tenir en compte la dimension liée au rapatriement des emplois délocalisés. L’impact du développement de l’impression 3D sur la relocalisation de l’économie des pays développés entraînerait à terme une chute de 41% du trafic aérien et de 37% de l’activité maritime, son impact en termes d’emplois est moins évident.

3. Automatisation : les tendances macro-économiques sur marché de l’emploi en Belgique

Il apparaît que l’impact des nouvelles technologies sur le marché du travail dépend fortement du secteur, type d’emploi et qualifications des travailleurs. Une analyse d’ING [7] propose une analyse détaillée de cet impact en Belgique.

Dans l’état actuel de la technologie, 49% des emplois en Belgique sont susceptibles, à terme, d’être robotisés. Selon la méthodologie de l’étude d’Oxford, ING a réalisé des calculs pour la Belgique et établi le tableau suivant :

Tableau 1. Emplois « robotisables », par classe et fonction

Si l’on prend l’ensemble des emplois et des probabilités de robotisation, il s’avère que 2,2 millions d’emplois sur les 4,5 millions en Belgique pris en compte dans cette étude pourraient être robotisés (tableau 1).Autrement dit, 49% des emplois pourraient donc être “menacés” par le progrès technologique et pourraient disparaître, du moins sous leur forme actuelle. Ceci ne tient compte que des emplois détruits et non pas des emplois créés, il est donc faux de dire que la robotisation va détruire 49 % des emplois en Belgique.

Les emplois les plus menacés ne sont pas les moins qualifiés mais les plus « routiniers ». ce sont les employés de type administratifs qui ont le plus haut risque de robotisation (93%). A l’inverse, les managers (13%) et les professions intellectuelles, scientifiques et artistiques ont la plus faible probabilité de robotisation.

Répartition de l’emploi par fonctions. Si l’on analyse le marché du travail entre 2011 et 2015 on constate que les changements structurels liés à la robotisation, l’automatisation et la délocalisation polarisent le marché du travail. Si l’emploi total croît de manière assez faibles (+0,9%), on constate des variations fortes en fonction des qualifications. Ainsi , les fonctions hautement qualifiées ont poursuivi leur progression. Le nombre de managers et d’experts a augmenté de 2011 à 2015, respectivement de 16,3 % et 13,6 %, soit un total de 178 000 emplois supplémentaires pour les deux catégories. Les emplois les plus faiblement qualifiés (entretien, vente ambulante, travailleurs non qualifiés, etc.) ont progressé de 5,7 %, soit de quelques 26 000 emplois. D’autre part, bon nombre de professions moyennement qualifiées ont subi un sévère recul en à peine quatre ans. Ainsi, le personnel administratif a diminué de pas moins de 19,8 %, soit quelque 123 000 postes. Parmi cette classe de fonction, les secrétaires, guichetiers et employés chargés d’informer la clientèle ont pu constater une forte baisse du nombre d’emplois disponibles. En plus, le nombre de techniciens a également subi une forte baisse, de 8,8 %. Même les plus diplômés parmi eux ne sont pas épargnés. Dans les professions administratives, le nombre de titulaires d’un Master a même diminué plus fortement (-28 %) que le total.

Répartition de l’emploi par niveau d’éducation. Sur la période 1993-2015 on constate que la part des diplômés de l’enseignement supérieur augmente et passe de 29 % à 42 % et celle des diplômés de l’enseignement secondaire passe de 35 % à 40 %. Par contre, la part des diplômés de l’enseignement primaire ou inférieur passe de 35 % à 18 %. Autrement dit, alors que la proportion d’emplois faiblement qualifiés reste relativement stable, on constate que les individus ayant un niveau d’éducation plus élevé prennent des emplois moins qualifiés, ce qui poussent les moins diplômés à sortir du marché du travail et à une « surqualification » de la main d’œuvre.

Tableau 2. Croissance de l’emploi en Belgique de 2011 à 2015, par classe de fonction (%)

Ces dernières années, en Belgique, l’emploi a légèrement augmenté mais s’est surtout fortement polarisé. D’une part, on observe une perte drastique d’emplois dans les métiers à qualifications moyennes comme le personnel administratif et les techniciens, et ce dans tous les secteurs de l’économie. Pour ces métiers, même les personnes hautement qualifiées n’ont pas été épargnées. D’autre part, les métiers à haute qualification, tels que les managers ou les experts, continuent à générer des emplois dans tous les secteurs. Enfin, les métiers à basses qualifications ont également créé des emplois, mais uniquement dans le secteur des services. La probabilité de robotisation par classe et fonction de l’étude d’ING semble vérifiée. Heureusement, un nombre important d’emplois est créé dans d’autres branches d’activité. Dès lors, il semble que la technologie ne soit pas une menace pour l’emploi en général, mais plutôt pour certaines catégories de fonctions, principalement les plus routinières et celles qui nécessitent des qualifications moyennes.

II. Automatisation de l’emploi : stratégies pour s’y préparer

1. Rappel des constats : à quoi faut-il se préparer ?

  1. Le développement des technologies numériques [8] induit des phénomènes d’automatisation de certaines tâches de travail qui se traduisent par la prise en charge d’un nombre croissant de tâches manuelles ou cognitives par des machines. L’impact de l’automatisation sur le marché du travail est inégal : il varie fortement en fonction du secteur, du type d’emploi et du niveau de qualifications des travailleurs.
  2. Plus que sur le volume global de l’emploi, c’est sur les compétences et les qualifications que l’impact des nouvelles technologies sera le plus déterminant. Les précédentes vagues d’automatisation ont abouti, contre les prédictions les plus alarmantes, à un solde net d’emplois positif : plus d’emplois ont été créés que détruits. Des métiers jadis condamnés par des prospectivistes n’ont pas disparu mais leur contenu a radicalement changé [9]. Toutefois, les précédentes vagues d’automatisation ont entraîné des crises de reconversion, incluant des industries, des qualifications, des régions ; des tensions politiques et sociales. Ainsi, la transformation numérique de l’emploi et du travail doit s’envisager sous le prisme de la complémentarité plutôt que celui de la substitution. La plupart des professions et des emplois ne vont probablement pas disparaître : elles vont néanmoins, pour beaucoup d’entre elles, devoir se renouveler du sol au plafond ; ce qui ne sera pas sans conséquences sur le marché de l’emploi.
  1. Les emplois les plus menacés ne sont pas les moins qualifiés mais les plus routiniers, qu’ils impliquent la réalisation de tâches manuelles ou cognitives. L’automatisation de l’emploi libérerait les travailleurs des tâches routinières et leur permettrait de se concentrer sur des tâches nouvelles. Le défi principal posé par l’automatisation est définitivement celui des qualifications et du développement rapide de nouvelles compétences. Les compétences d’avenir sont qualifiées de « non-codifiables », c’est-à-dire celles que nous réalisons sans pouvoir expliquer comment, et qui ne peuvent dès lors être pris en charge par un robot : créativité, l’empathie, la capacité de travailler en équipe, la persuasion, l’intelligence émotionnelle, l’apprentissage actif, l’écoute active, la pensée critique, les capacités de transmission des savoirs, la résolution de problème complexe.
  2. L’automatisation accélère la polarisation du marché de l’emploi. La force de travail dans un contexte d’automatisation accéléré distinguera deux groupes en croissance (tous deux prenant en charge des tâches non-routinières) : d’un côté, des travailleurs bien payés, hautement qualifiés, et de l’autre, des travailleurs peu qualifiés dont les salaires sont faibles. Entre les deux, les professions à qualifications moyennes déclineront. Elles déclinent déjà. Le risque principal est que de nombreux travailleurs dans ces professions soient amenés, plus fortement qu’aujourd’hui, à se replier sur des jobs faiblement qualifiés évinçant ainsi les personnes moins qualifiées du marché du travail.
  3. Plus globalement, la transformation numérique s’inscrit dans un contexte de changements accélérés du marché du travail. Cette mutation, rapide et multiple, se déroule sous l’effet du développement technologique, de la mondialisation et de la transition écologique. Il faut ajouter à ces dynamiques, des facteurs propres à notre type d’économie :des facteurs démographiques (vieillissement de la population) et sociologiques (évolution du rapport au travail et à l’emploi). Ces changements doivent être pensés de manière systémique en gardant à l’esprit ce que les précédents épisodes d’automatisation nous ont enseigné : l’instabilité de l’emploi précèdent l’instabilité sociale et politique.

2. Principes d’action

  1. Se préparer à une multitude de possibilités. L’impact de l’automatisation sur l’emploi sur le long cours n’est pas prévisible au sens où l’ampleur et la rapidité des changements est difficile à déterminer. Entre, d’un côté, le « scénario de la continuité » où le développement du numérique ne ferait qu’appuyer des tendances déjà observables ces dernières années et, de l’autre, le « scénario d’un choc » sur le marché de l’emploi, impliquant des ruptures importantes pour les travailleurs (destruction massive d’emplois, requalification d’ampleur) ; il existe une palette de possibles. Si prédire est impossible, anticiper est pourtant nécessaire. La meilleure manière de se préparer dans un contexte incertain consiste à inscrire nos réponses politiques à l’automatisation dans un cadre plus général : celui d’une refondation de nos politiques d’emploi.
  2. La technologie n’est pas un destin. Tout ce qui est automatisable ne sera pas automatisé. La diffusion des nouvelles technologies est conditionnée par des facteurs organisationnels, sociaux ainsi que par des politiques publiques. Entre la disponibilité d’une technologie et son implémentation dans un environnement de travail, il y a plus d’un pas. L’absence de déterminisme technologique donne à l’initiative politique toute sa place ; celle d’une régulation intelligente qui transforment les mutations en opportunités grâce à l’adaptation de nos structures d’enseignement et de formation, la refonte de notre modèle de revenus et l’ajustement de notre régime fiscal dans le cadre indépassable des limites environnementales.
  3. Embrasser le changement, imaginer des nouvelles protections face aux nouveaux risques. L’avenir du travail et de l’emploi se situe dans la conjugaison de la transition écologique et de la transformation numérique. Elles constituent deux lames de fond transformatrices, certes porteuses d’opportunités mais aussi de risques d’exclusion dans un contexte politique où le sentiment d’insécurité professionnelle est largement partagé. A l’avenir, les transitions professionnelles seront le lot d’une part croissante de citoyens. D’où l’urgente nécessité de penser des nouveaux mécanismes de sécurisation des parcours professionnels qui protègent sans immobiliser. Ils constitueraient alors des soupapes durant les crises de reconversion qui, à coup sûr, frapperont certains métiers, certains groupes, certaines qualifications, certains territoires.

3. Six stratégies pour tirer le meilleur de la transformation numérique de l’emploi

  1. ENSEIGNEMENT : Initier les enfants aux principes de la programmation, former aux compétences d’avenir dès le plus jeune âge, enseigner une éthique numérique et réinvestir dans l’enseignement supérieur.
  2. FORMATION PROFESSIONNELLE : Instaurer un droit universel à la formation tout au long de la vie professionnelle
  3. REVENU DE BASE : Sécuriser et fluidifier les transitions professionnels par l’instauration d’un revenu de base
  4. FISCALITÉ & PME : Plutôt que taxer les robots, aider les petites entreprises à prendre le train de l’automatisation.
  5. SERVICE PUBLIC : Accélérer la transformation numérique de la fonction publique
  6. ENVIRONNEMENT : Cadrer la transition numérique sur le plan environnemental
  1. ENSEIGNEMENT : Initier les enfants aux principes de la programmation, former aux compétences d’avenir dès le plus jeune âge, enseigner une éthique numérique et réinvestir dans l’enseignement supérieur.
  • 65 % des enfants qui entrent en primaires occuperont des emplois d’un genre nouveau, qui n’existent pas encore [10]. Nul ne sait à quoi vont ressembler ces métiers. Par contre, nous savons qu’ils prendront place dans des environnements ultra-automatisés où l’interaction entre le travail humain et celui des machines sera bien plus étroit qu’aujourd’hui. Pour s’y préparer, il convient d’ initier de façon ludique les enfants, dès la maternelle, aux principes de la programmation et à la logique informatique. Il ne s’agit pas d’apprendre aux enfants à coder, mais de leur enseigner les principes de la programmation, c’est-à-dire le langage qui permet de commander les machines. Plusieurs méthodes permettent aux enfants d’apprendre ce nouveau langage à travers le jeu [11]. Outre sa dimension « formatrice », cette initiation a aussi une vocation d’émancipation : permettre à ces citoyens en devenir d’avoir du pouvoir sur leur environnement, d’en rester les maîtres par une compréhension des mécanismes qui l’animent.
  • Dans ces environnements de travail ultra-automatisés, les compétences les plus fondamentales seront la créativité, l’empathie, la capacité de travailler en équipe, la persuasion, l’intelligence émotionnelle, l’apprentissage actif, l’écoute active, la pensée critique, les capacités de transmission des savoirs, la résolution de problème complexe [12]. Ces compétences ne sont pas automatisables. Leur développement ne sert pas seulement un objectif d’employabilité. Ces compétences sont aussi des vecteurs d’émancipation. Elles sont déjà au cœur des pédagogies « alternatives » dont il faut de soutenir le développement dans notre système scolaire, et cela dès le plus jeune âge.
  • Vivre et grandir dans des environnements numériques imposent de nouvelles questions éthiques. Celles-ci doivent pouvoir être adressées dans le cadre de l’école pour former à un usage citoyen d’internet (vertus de la déconnexion, empreinte écologique du numérique, protection de la vie privée, contenus pornographiques, contextualisation de l’information, etc.).
  • Aux États-Unis, les 3/4 des professions considérées comme « en croissance rapide » nécessitent au moins un diplôme de l’enseignement supérieur. Notre réalité n’est pas différente. Or, dans le même temps, la part des moyens accordés aux Universités et aux Hautes Écoles déclinent ainsi que leur accessibilité. Être au rendez-vous de la transformation numérique implique de réinvestir dans l’enseignement supérieur en veillant à ce que les moyens investis servent prioritairement à garantir un accès équitable aux études pour les jeunes issus des milieux populaires.
  1. FORMATION PROFESSIONNELLE : Instaurer un droit universel à la formation tout au long de la vie professionnelle

La transformation numérique de l’emploi impose un effort sans précédent d’élévation des qualifications. Elle touchera l’ensemble des secteurs avec plus ou moins d’impact. Les tâches routinières vont échapper aux travailleurs qui assumeront des nouvelles tâches pour lesquels ils devront se former. La formation professionnelle tout au long de la vie professionnelle est un « bouclier » contre les ruptures et les crises de reconversion. Elle est aussi une « épée » qui doit accroître le pouvoir des citoyens sur leur parcours professionnel, en leur permettant de se former plus facilement pour réaliser leur projet, changer de métier, s’assurer une promotion.

  • Concrétiser un droit universel à la formation par la création d’un « compte formation » pour chaque actif

Ce nouvel instrument concerne l’ensemble des actifs : les salariés du secteur privé, les fonctionnaires, les travailleurs indépendants et les demandeurs d’emploi. Chaque personne se verra accorder des droits à la formation exprimé en temps. Chacun décidera de l’usage de ses droits pour se former, faire le bilan de ses compétences ou être accompagné dans la création de son entreprise. Aujourd’hui, la formation professionnelle bénéficie davantage à ceux qui sont les plus formés au détriment de ceux qui en ont le plus besoin. C’est la raison pour laquelle les droits seront majorés sous la forme de « pack » à destination de certains publics et que le caractère mobilisable de ceux-ci seront garantis. De manière générale, les droits doivent être plus importants pour les moins qualifiés. Nous pourrions également concevoir un pack « droits de transition » destiné aux travailleurs actifs dans des secteurs compromis par la reconversion écologique de l’économie [13]. Un pack « 2e chance » pourrait concerner les jeunes sortis de l’école sans qualification. Le financement de ce droit universel à la formation se réaliserait par le redéploiement des dépenses actuelles de formation professionnelle (à la condition du respect des 1,9 % de masse salariale affectés à son financement). En France où un tel dispositif sera mis en œuvre dès 2018 les droits à la formation devraient permettre à chaque personne d’accéder à une nouvelle qualification tous les 10 ans.

  • Ouvrir le jeu aux nouveaux opérateurs de la formation professionnelle, aux côtés des organismes traditionnels et des entreprises privées.

Pour tirer le meilleur de la transformation numérique, un effort important d’élévation des qualifications doit être engagé : il concerne la « demande » de formations (permettre aux actifs de mobiliser facilement leurs droits à se former) mais aussi l’ « offre » qui doit à la fois se renouveler et changer d’échelle. Pour ce faire, il est indispensable d’ouvrir le jeu aux nouveaux acteurs de la formation professionnelle (par exemple : les formations en ligne - MOOC) en permettant aux actifs d’utiliser leurs droits pour recourir à ces services [14]. Par ailleurs, certaines industries lancent leur propre centre de formations pour palier à une pénurie de compétences en lien avec leur modèle économique. Il faut permettre sous certains conditions, aux travailleurs d’y faire usage de leurs droits. L’accréditation des opérateurs de formations professionnelles doit être encadrée et pilotée par les pouvoirs publics dans l’idée d’un État-stratège qui promeut le développement de certains secteurs (par exemple : la santé, l’éducation, la protection de l’environnement, les énergies renouvelables, les transports publics) . Cet encadrement doit assurer un accès équitable de tous à ces formations en diminuant autant que possible les pré-requis et les systèmes de sélections qui ne justifient pas.

  1. REVENU DE BASE : Sécuriser et fluidifier les transitions professionnels par l’instauration d’un revenu de base

Le monde du travail rencontre de profondes mutations liées au développement des nouvelles technologies. Nous abordons ici en particulier l’automatisation des tâches mais on peut également penser a l’hybridation des statuts et des parcours professionnels ainsi qu’aux activités complémentaires sans contrat classique. Ces mutations imposent un ajustement de notre modèle social qui reste figé dans une logique liée aux ménages et aux statuts des travailleurs et se voit de plus en plus déconnectée des situations individuelles réelles. Dans cette perspective, la conception de nouveaux outils est fondamentale afin de maintenir un niveau de solidarité suffisant. Il est important de concevoir de nouveaux instruments garantissant des transitions professionnelles douces et permettant à la fois la restructuration profonde de notre économie et la sécurisation des parcours individuels. Un revenu de base universel complété par des allocations de sécurité sociale serait l’outil idéal pour remplir ces objectifs. Il permettrait de garantir une protection sociale forte, attachée à la personne plutôt qu’à l’emploi, qui donnerait à chaque individu les moyens de son autonomie et œuvrant à la déconnexion des revenus et du travail afin de garantir que tous les individus puissent jouir de la même liberté effective. Le revenu de base est une réponse à l’anxiété qui naît face aux mutations qui s’annoncent ; une manière garantir une solidarité plus forte entre les gagnants et les perdants du nouveau monde qui vient mais aussi une façon de mener des réformes structurels de notre modèle social, à commencer par la poursuite de la transition écologique de l’économie.

  1. FISCALITÉ & PME : Plutôt que taxer les robots, aider les PME à prendre le train de l’automatisation et développer les coopératives pour une transition numérique efficace et équitable

La proposition qui consiste à taxer les robots pour financer la protection sociale doit être écartée car elle n’est ni réalisable ni souhaitable. Taxer les robots implique de définir ce qu’est un robot. Or, il n’existe ni définition générale ni caractérisations susceptibles d’appuyer une telle norme. Un logiciel de gestion doit-il par exemple être considéré comme un robot ?Le cas échéant, doit-on lui appliquer une taxe à la hauteur des cotisations sociales qui seraient payés si les tâches de ce logiciel était assumées par un travailleur ? L’alternative à cette forme de taxation des robots c’est un impôt plus efficace sur le capital et la taxation progressive du bénéfice des entreprises et des hauts revenus afin que tous les citoyens reçoivent une part équitable du surcroît de richesse créée par la technologie.

Le développement des formes coopératives qui permettent aux citoyens (dont les travailleurs) d’être propriétaires des entreprises (dont les machines) est une proposition importante pour deux raisons. Premièrement, cela facilite la transition numérique au sein entreprises puisque les travailleurs y sont impliqués et sont parties prenantes des changements et non agents de résistance. Or, c’est le retard pris par nos PME en matière d’automatisation qui risque, finalement, de détruire le plus d’emplois. Deuxièmement, les coopératives permettent un partage plus équitable des gains de productivité qui ne peut en retour qu’encourager les travailleurs à s’engager pleinement dans la transition numérique de leur entreprise.

  1. SERVICE PUBLIC : Accélérer la transformation numérique de la fonction publique pour renforcer les services publics, améliorer la vie au travail des fonctionnaires et réaliser un choc de transparence démocratique
  • Renforcer la qualité et l’accessibilité des services publics

Le développement des nouvelles technologies numériques représentent une opportunité pour améliorer la qualité et l’accessibilité des services aux publics (état civil, urbanisme, gestion des déchets, inscriptions dans les écoles et les crèches, etc.). Le numérique peut permettre aux citoyens de contacter plus efficacement l’administration. Concrètement, il permet de désengorger les services de l’état civil dans les communes densément peuplées. Il élargit l’accès horaire des services en évitant à ceux qui travaillent de devoir prendre congés se rendre à la commune. Ainsi, il convient d’automatiser un maximum de services ;multiplier les possibilités de services de première ligne « online » tout en maintenant des services communaux « en vrai » afin d’éviter l’exclusion des citoyens et laisser à chacun le choix de son mode de communication avec l’administration. Par ailleurs, le renforcement des services en ligne permet d’améliorer la qualité du service au public en réduisant la pression sur les agents et en leur dégageant du temps de travail « qualitatif ». Enfin, le développement des services en ligne doit être cadré par un respect scrupuleux du droit à la vie privée des usagers, l’élimination des possibilités de traçage des citoyens, l’effectivité d’un contrôle démocratique de l’usage des technologies et d’une sécurité maximale du système informatique.

  • Améliorer la vie au travail des fonctionnaires
  • Le développement des nouvelles technologies numériques promet une transformation du fonctionnement des administrations publiques. Cette transformation ne sera profitable qu’à la condition que les agents y soient associés. Il s’agit d’impliquer les fonctionnaires dans le choix,l’implémentation et l’évaluation des nouveaux outils numériques et informatiques. Leur éviction entrave l’efficacité de ces outils.. Par ailleurs, avant d’envisager l’acquisition de nouveaux outils numériques, il importe de veiller à ce que le fonctionnement des outils actuels soient performants. Leur inefficacité est une source de stress pour les agents.
  • Réaliser un choc de transparence démocratique grâce au numérique

Le développement et la démocratisation des technologies numériques permet le rapprochement des citoyens et de leurs mandataires par une plus grande transparence des processus décisionnels. La fracture numérique se réduit mais demeure importante. Une attention devra être portée vers les personnes âgées et les publics en situation de fragilité sociale pour éviter un déclassement démocratique d’une partie de la population. L’effort de transparence doit se porter en priorité sur l’accès aux données et aux documents publics. Le principe est que tout document impliquant 1 euro d’argent public doit pro-activement être rendu accessible lorsque sa publication n’empiète pas sur le respect de la vie privée des personnes. Toutes les études commandées par l’administration, les statistiques, les données et autres documents publics doivent être accessibles aux citoyens via une plate-forme internet. Enfin, les marchés publics conclus par la commune avec des prestataires doivent également être accessibles pour permettre aux citoyens, aux associations, aux journalistes, aux mandataires d’exercer un droit de regard démocratique sur l’usage des deniers publics.

  1. ENVIRONNEMENT : Cadrer la transition numérique sur le plan environnemental

L’économie digitale n’est pas une économie « immatérielle ». Elle participe en grande partie d’un modèle « extractiviste » en tension avec le caractère limité des ressources et la diminution des émission de gaz à effet de serre (GES). La nouvelle génération de technologies numériques demeure trop énergivore et polluante. Dans L’Âge des low tech, Philippe Bihouix plaide pour l’avènement d’une « civilisation techniquement soutenable ». Il voit dans les innovations « high tech » une impasse écologique qui nous mène droit vers les pénuries compte tenu du fait que les matériaux et les métaux nécessaires au développement de ces technologies sont des ressources limitées et surexploités.

Les comportements des agents économiques privés n’intègrent pas spontanément le coût des dommages qu’ils causent à l’environnement. Il importe donc, dans le cadre de la transition numérique, de mettre en place des instruments afin de compenser ces effets. Pour cela, nous proposons à la fois de mesures fiscales incitatives positives (exonérations, déductions et réductions d’impôts) ayant pour objet d’encourager les acteurs économiques à s’engager dans une démarche vertueuse et de rendre les choix écologiques moins chers ; mais également des mesures d’internalisation des externalités négatives, consistant à faire peser sur le producteur et le consommateur des coûts actuellement payés par l’ensemble de la collectivité. Il s’agit donc d’un outil de compensation des coûts environnementaux actuels et futurs qui doit permettre de répondre aux enjeux liés à la fois à la raréfaction des ressources, au changement climatique et aux pollutions de diverses natures liés aux nouvelles technologies numériques et à la robotisation.

Du point de vue de la transition écologique, cet outil fiscal apparaît comme moins coercitif que la norme, et néanmoins efficace lorsqu’il permet d’avantager économiquement les comportements durables par rapport aux comportements nuisibles à l’environnement. Il permet également une progressivité dans le temps de la pression fiscale, sur la base de négociations avec les parties prenantes, qui peuvent alors anticiper cette pression fiscale et réaliser les investissements technologiques pour en limiter le coût.

[8Il est possible identifier cinq « new new technologies » pour reprendre la formule de Ursula Holtgrewe, à savoir des technologies porteuses de ruptures dans le monde du travail et de l’emploi : big data, cloud, géolocalisation, machines apprenantes, internet mobile, internet des objets. Plus de détails dans l’étude « Demain, la robotisation heureuse » (Etopia, décembre 2016)

[9Dans les années 80, le métier de comptable paraissait condamné par le développement de l’informatisation. Il existe toujours. Mais les tâches d’un comptable ont depuis lors radicalement évolué sous l’effet de l’informatisation et de l’introduction des logiciels de gestion.

[10« Demain, la robotisation heureuse » (Etopia, décembre 2016)

[12« De manière générale, les compétences sociales telles que le sens de la persuasion, l’intelligence émotionnelle, les capacités de transmission des savoirs seront plus demandées que les compétences strictement techniques telles que la programmation, la manutention et la supervision technique. L’apprentissage actif, les capacités cognitives comme la créativité et le raisonnement mathématique, l’écoute active et la pensée critique représenteront des compétences plus centrales dans les métiers de demain qu’elles ne le sont aujourd’hui. La moitié des métiers qui accorderont cette centralité à ces compétences en 2020 ne le font pas aujourd’hui  » in « Demain, la robotisation heureuse » (Etopia, décembre 2016)

[13« L’écologisation de l’économie aura ses perdants et ses gagnants. Elle pénalisera certains groupes, certaines régions, certains secteurs d’activités. Elle conduira à des crises de reconversion, incluant des industries, des qualifications, des régions, et cela de façon accélérée par rapport aux précédentes transitions industrielles. Par conséquent, cette reconversion de l’économie doit être accompagnée. À défaut, elle aura pour conséquence la précarisation et l’exclusion du marché de l’emploi des travailleurs actifs dans les secteurs les plus émetteurs de polluants et de GES. Ceux-là même fragilisés par les dynamiques liées à la mondialisation et aux progrès technologiques  » in n « Demain, la robotisation heureuse » (Etopia, décembre 2016)

[14Cette reconnaissance par les pouvoirs publics aura en outre un effet accélérateur sur le processus d’accréditation de ce type de formation par les employeurs. Il est en effet aujourd’hui difficile pour quelqu’un qui s’est formé seul devant son ordinateur de faire valoir ses compétences auprès d’un employeur. Or, ces formations constituent des opportunités pour ceux qui ont eu un parcours accidenté. Elles leur permettent de se former à leur rythme, de manière flexible et surtout elles exigent en général peu de pré-réquis formels (certificats, diplômes) les rendant ainsi plus accessibles et moins contraignantes que les organismes traditionnels.


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