etopia
Reconnaissance de la culture, culture de la reconnaissance
Analyse 2005/26
Balises pour une politique culturelle écologiste au niveau local
 
 
Henri Simons
Echevin à Bruxelles-Ville
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Donner à la culture une place centrale dans la vie de la cité, tel est en résumé le projet politique poursuivi depuis 2000 à Bruxelles-Ville. D’un point de vue écologiste, il ne s’agit pas de promouvoir une culture « momifiée », mais d’encourager une production vivante qui favorise la participation, la confrontation et la rencontre de toutes les identités présentes dans la ville. Au-delà de l’éloge stérile de la différence, cette rencontre devient un facteur puissant de reconnaissance qui rend de la vie à la ville. Pour y parvenir, il ne faut pas craindre de faire de la place à la création la plus avancée, n’y de mettre l’art – littéralement - dans la rue.

Rendre réaliste le choix de la culture pour tous

Depuis 2001, la dimension citoyenne de la culture a été placée au centre de la politique de la culture menée à la Ville de Bruxelles. Le citoyen, c’est l’habitant de la cité appréhendée comme un carrefour entre le territoire, les communautés, les cultures, les catégories sociales, professionnelles et d’âge. Ce choix ambitionne de rendre réaliste la notion de culture pour tous. Le rôle du politique est un rôle d’écoute et de soutien. Pour le remplir, il nous a fallu mettre notre outil de service public à niveau, être en contact avec la population et intégrer la dimension urbaine de notre action. Nous avons donc fondé notre action culturelle sur le réinvestissement des espaces publics.

Déclinée sur un mode participatif et délibératif, la culture, même à l’échelon communal, est un vecteur d’émancipation sociale, de réalisation personnelle et de participation politique. En ayant une vision dynamique de la culture où chaque aspect de la société est constitué de la confrontation entre les différentes dimensions sociales, notre démarche tend à l’utopie concrète.

Le travail mené en art contemporain est un exemple de soutien actif aux pratiques émergentes et de leur ancrage durable dans le tissu urbain. En effet, afin de ne pas confiner la création contemporaine aux biennales, nous l’avons introduite en ville au travers des installations du Comité des arts urbains et du festival MAÏS. Il s’agissait de créer une interaction avec le public et de mettre à la portée de tout un chacun une discipline trop souvent perçue comme hermétique.

Cette démarche dans des domaines pointus est allée de paire avec une mise en valeur du patrimoine, mémoire culturelle de la Ville, pour lequel nous avons également facilité l’accessibilité.

Favoriser la participation des citoyens

L’une de mes premières initiatives au sein de ce Collège a été d’encourager la revitalisation du tissu urbain par la participation des citoyens à la vie culturelle de leur ville. Par son ancrage social, une politique culturelle doit reconnaître ou anticiper des médiums perméables aux nouvelles données culturelles et sociales de la ville.

Partant du constat que la culture est généralement le parent pauvre de l’éducation scolaire, j’ai cherché à ce que les institutions culturelles de la Ville pallient à cette lacune en développant des synergies avec les écoles.

Dans cette optique de culture urbaine, la ville réelle est considérée comme une ressource de l’action démocratique. Alimenter l’interaction entre l’espace public et la puissance publique exige de développer des médiations et d’encourager des confrontations. Ce n’est pas de l’éloge stérile de la différence, mais de la rencontre entre individualités ou groupes sociaux que la culture publique peut émerger et générer la démarche artistique.

Il s’agit d’aider à renforcer la socialisation des nouvelles générations et d’élargir les publics. La volonté de permettre aux citoyens de comprendre l’art et de participer à la création, demande d’être soutenue. Dans cette optique, nous avons développé notre réseau de centres culturels de proximité. Des investissements significatifs sur le plan humain et financier ont été consentis afin de favoriser la reconquête culturelle de quartiers qui étaient tombés en jachère. C’est notamment l’objectif du travail réalisé par le Centre culturel Bruegel dans les Marolles en matière d’éducation permanente ou par le Centre culturel des Riches Claires en matière de théâtre. Ce travail de proximité a été étayé par l’engagement de médiateurs culturels dans certains Centres qui sont devenus de véritables ponts entre la Ville et le public potentiel des quartiers.

Qui dit proximité, dit également décentralisation. La Ville a délibérément choisi de sortir du Pentagone auquel on l’associe trop souvent. Une meilleure répartition des moyens humains et financiers du centre vers la périphérie de la Ville a permis d’offrir, à terme, une culture qui tienne compte des désirs et des réalités locales et qui soit accessible à tous. Grâce à des subsides importants, la Ville a étoffé tout le tissu socio-culturel du Nord de Bruxelles.

Ce travail de proximité repose tant sur la notion de ville bilingue et pluriculturelle que sur celle de mixité culturelle dont la philosophie avait déjà été défendue lors de Bruxelles 2000. La symbiose linguistique communautaire expérimentée au cours de cette manifestation est, aujourd’hui encore, à l’origine de nombreuses synergies des deux communautés linguistiques par le biais de leurs institutions. Cette duplicité est un atout, celle d’une ville à partager, notamment sur le plan culturel, entre toutes les communautés afin d’en faire le terreau d’un enrichissement réussi. En témoignent le Centre contemporain du mouvement et de la voix aux Brigittines et le KunstenFestival des Arts qui essaime dans tout Bruxelles ses programmations exigeantes témoignant des mutations culturelles des deux Communautés et des cinq continents.

Reconquérir les espaces publics

Ce travail participatif passe par la reconquête des espaces publics, l’une des facettes les plus emblématiques du travail poursuivi par l’Echevinat de la Culture et une administration efficace. Cette entreprise d’investissement de l’espace public procède d’une démarche éthique. Elle répond au sentiment d’insécurité supposée ou ressentie en ville et offre la possibilité d’un fructueux travail de découverte de l’autre. Il s’agit de sortir la pratique culturelle des lieux fermés, en ayant pour but que les projets mis en place (expositions, événements, spectacles…) se servent de l’esprit des lieux et du désir des personnes. La culture au sens large investit des lieux nouveaux : rue, appartement, ancien commerce, gare désaffectée qui, à l’origine, n’avaient pas vocation d’accueillir de telles démarches.

Avec sa position administrative originale, son aura touristique et l’histoire de ses « villages », Bruxelles ne peut faire l’économie d’une réflexion sur son identité et sa vocation culturelles. D’où la nécessité d’analyser, d’écouter, de dialoguer avec toutes les personnes susceptibles d’enrichir le projet. Aujourd’hui, la Ville n’est plus seulement productrice d’événements, elle est également programmatrice. C’est le cas notamment avec Maïs, animation d’automne qui rassemble différentes initiatives soutenues, co-produites ou initiées par la Ville et qui témoigne d’un même état d’esprit, de préoccupations urbaines et culturelles communes.

La réflexion artistique initiée par le Festival Maïs et au Comptoir du Nylon, articulant création contemporaine et contexte urbain, est le pendant éphémère du travail mené par le Comité des Arts Urbains chargé de l’intégration d’œuvres d’art dans l’espace public bruxellois. De telles initiatives sont menées parce qu’il est opportun de pouvoir offrir la ville à l’action ponctuelle de plasticiens jeunes ou confirmés. Le caractère ludique et réversible de ces interventions plastiques donne libre cours à l’audace propre à une capitale contemporaine, à la fois attentive à son patrimoine et ouverte aux enjeux de la création nouvelle. Placer des oeuvres d’art dans une ville, ce n’est pas seulement poser un acte esthétique. C’est aussi poser un acte social. Installer une sculpture ou toute autre création artistique suscite la communication, la curiosité et la réflexion, autrement dit, la participation. L’espace public devient un lieu d’ouverture au monde et d’éducation permanente aux arts plastiques.

Une des initiatives nouvelles de l’Echevinat fut également le soutien apporté aux artistes de rue. La Ville en collaboration avec asbl Espaces Spéculoos a ouvert des zones accessibles aux artistes de rue au Centre Ville. Avec plus de quarante spectacles professionnels belges et étrangers programmés et l’arrivée de plus de 220 artistes jouant au chapeau dans les espaces publics, ce projet montre sa pertinence.

Il en va de même pour les Plaisirs d’Hiver qui rassemble sous ce label son grand marché de Noël, sa patinoire et sa grande roue, mais aussi ses artisans, ses artistes et musiciens. Il faut également évoquer la féerie lumineuse de la Grand-Place et les Plaisirs d’été avec son désormais célèbre Bruxelles-les-bains, le traditionnel Festival d’été de la Grand-Place, sans oublier le projet de cirque social ou encore, la relance d’un Festival international de marionnettes au Parc de Bruxelles.

Donner une place aux nouveaux médiums et supports d’expression

La Ville est par essence le premier espace défriché par les nouveaux médiums et par les nouveaux supports d’expression : elle a, entre autres, le rôle d’identifier les ressources novatrices, les forces intellectuelles et créatrices, les générations émergentes avec leur mode spécifique de conception et de gestion des projets culturels. Pour leur donner la place qu’ils méritent dans notre culture contemporaine, la Ville a mis en place des moments forts qui offrent une incontestable visibilité à ces projets.

Epinglons la programmation exigeante et poétique de la chapelle des Brigittines en matière de mouvement et de son, la fonction d’écluse entre publics, disciplines et démarches de Recyclart, les brèches ouvertes par le Nova en matière de musique et d’image ou les Espaces Spéculoos, « zones franches » dévolues au théâtre de rue dans le centre ville. Les pouvoirs locaux ont, à ce titre, un rôle essentiel en tant que partenaire. Le rôle du service culture est alors d’exposer leur démarche, leurs moyens et leurs objectifs, d’alimenter la concertation sociale, d’assumer le risque de projets audacieux et intempestifs, d’évaluer rétrospectivement le chemin parcouru et d’admettre leurs erreurs. Notre participation au KunstenFestivaldesarts participe de cet esprit.

Décloisonner les disciplines artistiques

Le but est de créer des médiations, c’est à dire de mettre en relation les différents acteurs locaux pour renforcer le maillage culturel existant et stabiliser des associations émergentes au statut souvent précaire tout en décloisonnant les disciplines artistiques.

Dans le même esprit, la Ville a lancé le projet de résidences d’artistes, totalement intégrées dans le quartier des Tanneurs, véritable « bouillon de culture » bruxellois. L’objectif est la symbiose entre des plasticiens et un quartier en pleine reconversion où fourmillent des initiatives culturelles très diverses. L’espace public devient ainsi un laboratoire où s’expriment, au quotidien, les différentes facettes de la culture.

Bien que l’Echevinat de la culture ne soit pas responsable de la gestion des bibliothèques communales, nous participons à la promotion des Belles Lettres à travers des lectures publiques, des rencontres avec des auteurs et conteurs, voire l’aide à l’édition d’ouvrages remarquables.

Faire sortir la musique et le théâtre des institutions qui les accueillent habituellement participe de la même démarche, comme en témoigne le Concert de l’Orchestre Symphonique de la Monnaie organisé sur la Grand-Place au début de l’été.

Une politique culturelle cohérente

Développer une communication événementielle et institutionnelle de qualité a permis d’assurer une cohérence à l’ensemble de la politique culturelle de la Ville. Celle-ci se décline sur plusieurs registres.

Il s’agit de renforcer la visibilité, grâce notamment à l’adoption d’outils indispensables pour permettre à la production culturelle de la Ville de rencontrer ses publics. D’une charte visuelle au site internet du service culture, en passant par le très remarqué agenda culturel bruxellois Brupass, la démarche est sans précédent. Par la création du dispositif des Quatre Saisons (Plaisirs d’hiver, Plaisirs d’été, Place au printemps et Maïs), la Ville possède de véritables « vitrines culturelles » qui fédèrent autour de thèmes forts et renouvellent régulièrement les énergies des multiples associations, institutions culturelles et partenaires commerciaux. Le concept des Quatre Saisons trouve sa place et prouve son utilité puisqu’il fait travailler des partenaires différents tout en respectant la spécificité de chacun. Ceux-ci bénéficient d’une communication commune et donc renforcée. Les Nuits Blanches, s’inscrit dans la même logique : un projet fédérateur « lourd » qui jouit d’un maximum de visibilité, et qui a même une dimension européenne. L’initiative va plus loin que son côté festif. L’Observatoire de la nuit, moteur d’une réflexion sur la nuit urbaine bruxelloise, permet d’ancrer la Ville dans une politique globale de reconquête des espaces publics et de participation des citoyens.

En commanditant à la Maison du Spectacle de la Bellone une étude qualitative et transversale intitulée Regards croisés sur les arts de la scène à Bruxelles, complétée par une enquête sur les publics des lieux de spectacles bruxellois, l’Echevinat de la culture vérifie ainsi la cohérence de la programmation des arts de la scène avec les objectifs poursuivis. Le secteur semble d’ailleurs inquiet des conclusions pressenties de ces deux études. D’une part, face à la mise en évidence de l’absence de certaines catégories sociales des salles de spectacles, des pressions sont apparues découlant d’une exigence des pouvoirs subsidiant de travailler en direction de ces catégories, ce qui ne correspond pas nécessairement à l’exigence artistique de ces lieux ; d’autre part, émerge une demande de rentabilité impliquant un changement d’option artistique. Cette dernière étude se propose d’être un instrument permettant au secteur de mieux comprendre les démarches culturelles de son public.

Depuis 2001, suite à l’augmentation progressive du budget culture de la Ville et à l’accroissement de ses effectifs, la Ville s’est donné des moyens à la hauteur des ambitions de sa politique culturelle. Nos investissements en matière de rénovation, construction et réhabilitation des lieux de culture à Bruxelles -y compris dans sa partie nord- sont colossaux. Le patrimoine folklorique a également bénéficié d’un effort considérable. Les fêtes du folklore qui ont lieu au mois de septembre à la Grand-Place et la Maison du Folklore et de la Tradition permettent par ailleurs de donner un éclairage plus construit à des événements qui se déroulent dans l’espace public.

Notre volonté est de promouvoir les pratiques émergentes sans pour autant délaisser les aspects plus traditionnels de la culture. Le budget accordé au théâtre de répertoire et d’auteur n’a pas diminué. Les nouveaux projets soutenus se font sur le surplus budgétaire en synergie avec la politique d’urbanisme, lorsqu’il s’agit d’acheter des bâtiments et de les affecter à la culture. Ainsi, le Théâtre du Parc a reçu une augmentation budgétaire pour programmer de la musique classique. La même politique a été appliquée au Théâtre de la Montagne Magique, seul théâtre ayant une programmation destinée exclusivement aux enfants.

Mais Bruxelles singulière, Bruxelles métissée est aussi capitale de l’Europe. Cette identité européenne (ou « géoculturelle ») a été consolidée par le renouvellement des programmations sur la Grand Place – nous pensons notamment aux 1.000 humanoïdes de Ha Schult, confrontant le patrimoine aux déchets de notre civilisation - et à l’intérieur de l’Hôtel de Ville où des expositions saluent le début de chaque présidence de l’Union européenne. Enfin, en juin 2006, le Centre européen d’Art contemporain ouvrira ses portes aux créations venues en priorité des pays nouvellement arrivés dans l’Union. Ce nouveau centre, situé en plein coeur de Bruxelles, permettra de créer une dynamique originale.

Conserver et valoriser le patrimoine

Bruxelles est également une ville de patrimoine documentaire, historique et artistique. Deux services, les archives et les musées, placés tous deux sous une même direction, garantissent une politique globale de gestion intellectuelle et de valorisation auprès des publics du patrimoine de la Ville. Elle se traduit par la diffusion d’outils scientifiques d’une grande qualité, accessible à un large public, ainsi que par une amélioration de son accueil. L’aménagement des horaires d’ouverture et la mise en valeur des collections par des expositions thématiques favorisent un meilleur accès à la connaissance du patrimoine.

Le folklore a été redynamisé aux termes de concertations entre les organisateurs de grands événements -tels que l’Ommegang- et les responsables culturels de la Ville. Ces concertations ont permis d’inscrire dans l’espace public une mémoire partagée par la ville et ses habitants. Cette mise à l’honneur du folklore a également permis l’émergence de folklores plus contemporains, comme la Zinneke Parade. Dans tous les cas, ces manifestations rassemblent le public, bruxellois ou autre, et fédère les acteurs culturels et les services de la Ville.


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