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Par Pascale Jamoulle, anthropologue, SSM Le Méridien/UCL. Intervention au Congrès Ecolo sur "La solidarité au cube" le 29 avril 2007 à Mons.

Préambule

Ces trois dernières années, j’ai réalisé une enquête de terrain auprès de jeunes gens et de pères vivant dans trois cités sociales de l’ancien bassin minier du Hainaut ou dans la rue. L’ouvrage « Des hommes sur le fil. La construction des identités masculines en milieux précaires » est issu de cette démarche ethnographique. Il s’intéresse à la figure masculine dans les lieux où la précarité s’étend. Il porte sur les transformations des prises de risque, de la masculinité et de la paternité dans les quartiers populaires.

Pour mieux connaître ces hommes « sur le fil », touchés par des conduites à risque, aux différents âges de leur vie, je les ai longuement fréquentés, décrivant leurs lieux de vie, transcrivant leurs dialogues et leurs récits, collectant leurs écrits.

Sens des conduites à risque dans l’évolution des familles

De nombreuses conduites à risques traversent les vies de familles des hommes et des pères rencontrés. La notion de « conduite à risque » désigne des pratiques répétitives, voire compulsives, de mise en jeu de soi ou d’autrui, qui mettent en danger les personnes et leurs proches. Trois sphères de mise en vertige du corps semblent souvent s’imbriquer et s’enchaîner dans les parcours de vie des jeunes et des familles.

  • La première renvoie aux logiques sociales de fragilisation, de marginalisation et d’engagement dans des activités illicites, telles la déscolarisation, la participation à l’économie souterraine, les violences collectives, la petite délinquance, etc. Cette sphère de risques naît souvent de la colère, du sentiment d’injustice des jeunes. Ils retournent l’hostilité et la violence sociale subies vers l’extérieur.
  • Une seconde renvoie plus spécifiquement aux logiques de domination/soumission dans la sphère des relations privées : les rapports de genre, de familles, de fratries, de pairs. Vendettas, violences conjugales et sexuelles, séquestrations, fugues, grossesses précoces ... traversent alors les vies de famille.
  • Une troisième touche l’intimité avec la recherche de sensation et les retournements de la violence sur soi. Cette sphère de risques regroupe plutôt addictions, automutilations, troubles alimentaires, tentatives de suicide, errance,...

Les conduites à risques ne sont pas les attributs d’individus ou de catégories de personnes particulières. Elles ne sont ni une entité clinique, ni un diagnostic de dangerosité apposé sur certains groupes, dans une visée de contrôle social. L’enquête les montre plutôt comme des conduites plastiques qui s’inscrivent dans des rapports et des contextes sociaux. Elles sont souvent une traduction, au niveau corporel, de tensions existentielles et identitaires, des difficultés d’insertion socio-économiques ou des conflits de genre, de cultures et de familles. L’instabilité psychologique éventuelle du preneur de risque apparaît insuffisante pour expliquer la dimension collective de ces comportements.

Dans les cités sociales où j’ai enquêté, mes interlocuteurs sont parents dans un espace socio-économique qui produit des formes de conduites à risque, de masculinité et de paternité particulières. Les récits parlent de l’évolution rapide des places et des rôles parentaux dans les familles nucléaires, monoparentales et recomposées qui vivent dans les parcs de logements sociaux. Les vies de famille sont fortement marquées par la perte du travail, la disqualification sociale et un attachement aux anciens modèles familiaux industriels, structurés par une séparation forte des rôles parentaux. Dans ‘l’ancien esprit’, en remettant leur paie aux mères, les pères se déchargeaient du quotidien. Comme chefs de famille, ils faisaient autorité du regard et du geste. Ce rapport à l’autorité et la répartition stricte des tâches entre conjoints sont aujourd’hui invalidés par l’évolution des modèles culturels. Des faits sociaux, comme l’augmentation foudroyante du chômage dans le monde ouvrier, ont transformé la place du père. ‘Un homme qui ne rapporte pas d’argent, on peut s’en passer’ disent les ‘cheffes de ménage’ qui tentent de gérer le budget étriqué des allocations sociales. Leurs femmes gèrent les relations avec les institutions, perçoivent les allocations sociales, ont la charge du ménage et des enfants, travaillent ... Elles sont saturées de responsabilités et reprochent aux hommes de ne pas prendre une place que, par ailleurs, elles ne sont pas toujours prêtes à leur laisser. Les conflits d’autorité mettent les couples sous tension.

Les familles se transforment dans toute la société, les séparations et les recompositions se multiplient. Dans les cités où j’ai travaillé, la garde des enfants est, en général, donnée à la mère ; les plus précaires demandent un logement social. Certains blocs sont saturés de femmes seules avec des enfants. Adolescentes, elles ont souvent souffert de la domination masculine. Après des échecs conjugaux, elles élèvent seules leurs enfants, parfois de pères différents, avec des pensions alimentaires aux versements chaotiques ou inexistants. Pour toutes ces raisons, d’étage en étage, des femmes sont en lutte contre les hommes. Elles ont accumulé une rancune. Dans les blocs, les couples sont rares, ou alors ils sont ‘non officiels’. En perdant l’accès aux emplois stables, les pères ne fournissent plus la sécurité économique, les services sociaux sont devenus des pourvoyeurs plus sûrs. Pour maintenir le niveau du loyer et des allocations, des pères et beaux-pères se domicilient fictivement à l’extérieur. Leur position est difficile, d’autant plus si la mère ne leur reconnaît pas de fonction parentale. De cette place, illégitime, le père risque de ne plus pouvoir jouer sa fonction de tiers entre l’enfant et sa mère, d’interface avec la société. Des femmes ont tendance à exercer une emprise importante sur la vie des ‘hommes de passage’ qu’elles hébergent, contrôlant leur courrier, les infantilisant, les mettant régulièrement ‘à la porte’.

Les pères rencontrés se sentent en transition entre ‘l’ancien esprit’ et les nouvelles formes de paternité contemporaine. Ils vivent de fortes tensions identitaires. Ils ont été éduqués dans ‘la peur du père’ et les échanges familiaux silencieux. Ils ne sont pas préparés aux fonctionnements sensibles et relationnels des paternités contemporaines. Ils ont peu d’expérience des relations directes avec l’enfant, du dialogue et de la négociation. Ils inventent leur paternité à partir de leurs expériences de vie, par ajustements successifs. Des phases de dépression et de désimplication président souvent à la transformation de leurs conceptions d’homme et de père. Par moment, certains sont pris dans des tensions existentielles, économiques et conjugales qu’ils ils n’arrivent plus à gérer. Ils se sentent détruits et fuient leur famille. Ils n’arrivent pas à assumer leur paternité. Sans travail, ils ont l’impression de ne pas pouvoir être ni des hommes ni des pères à part entière. Leur identité, maltraitée, se rigidifie. Ils ont un sentiment d’infériorité par rapport à leur propre père. Ils se murent dans le silence, la dépression et les consommations excessives de psychotropes. Ils relatent leur humiliation, la violence de leurs conflits conjugaux et leurs difficultés à construire un dialogue avec leurs enfants et beaux-enfants.

Après les ruptures conjugales, beaucoup de pères se désimpliquent ou sont désimpliqués. Ils ont l’impression que sans la médiation de la mère, et loin de leurs enfants, ils ne peuvent pas assumer de rôle paternel. Ils n’arrivent pas à être présents à l’enfant, à entrer en dialogue avec lui. Ils ont le sentiment que leur ex-femme a toutes les cartes de la parentalité en main, qu’elle ‘tient l’enfant’. Des mères mettent des obstacles à la continuité du lien paternel. Des pères ont peu de savoir faire sur la négociation co-parentale. Aussi ‘les problèmes de ménage’ se soldent-ils souvent par une rupture de la relation parentale, la coparentalité assumée étant un idéal qui semble peu correspondre aux réalités de l’après-divorce.

En cité sociale, on voit se multiplier les groupes domestiques matricentrés que les difficultés économiques isolent. Les mères qui doivent assumer tout, toutes seules, n’arrivent pas toujours à inscrire dans leur famille les règles de la vie sociale et des frontières entre les générations. Des enfants prennent de plus en plus de pouvoir, tout en se sentant impuissants à s’émanciper, pris dans un lien trop serré avec leur parent. Un enfant parentifié a un sentiment de toute-puissance parfois très difficile à gérer pour l’environnement social, sa socialisation est perturbée. Le jeune parentalisé soutient et dirige sa famille. Il intègre difficilement les limites posées par le monde adulte, parce qu’il y trouve peu d’appui. Ce rapport à la loi perturbé le fragilise sur le long terme, notamment sur le plan de son intégration scolaire et sociale. Des jeunes se cherchent alors d’autres guides. Quand ils les trouvent dans la rue, les prises de risque s’enchaînent. Certains ‘s’enterrent’ dans leur famille et dans la cité.

Le vide de père qui leur est transmis a des conséquences. Des adolescentes incorporent des modèles masculins qu’elles jugent défaillants. La responsabilité parentale ne s’inscrit plus dans certaines constructions identitaires masculines.

Des pères rencontrés, qui assument seuls leurs enfants, n’arrivent pas non plus à répondre à l’ensemble de leurs besoins affectifs, nourriciers, éducatifs, sociaux.... Concentrer l’ensemble des fonctions du champ de la parentalité sur une seule personne est périlleux. Par période, ils sont ‘à bout de souffle’. Ils se sentent enfermés, mis à l’écart des autres hommes. Parfois la figure des grands-parents compense mais elle a des limites. Quand la famille se déglingue, le parent, surtout s’il est seul, tend à s’enfermer et à ‘se coller’ à ses enfants. Cette proximité silencieuse et étouffante les retire du monde social. Lorsque des fonctions parentales ne sont pas exercées, l’enfant ou l’adolescent n’arrive pas à trouver une place tenable dans la famille ou la société. Les relations familiales se chargent d’anxiété et de colère, elles sont traversées par des gestuelles de risque, comme autant de conduites d’appel.

Parallèlement à ces transformations rapides des familles, dans les anciens quartiers ouvriers, le salariat se défait, tandis que le travail contingent et l’économie souterraine se diversifient. De plus en plus d’hommes et de pères « se débrouillent », au jour le jour. Des fils deviennent pères sans pouvoir sortir de la précarité. Ils veulent gagner leur vie de manière décente, mais les rares emplois accessibles sont intérimaires, instables, hyper-flexibles. Le travail au noir est insécurisant. Les allocations sociales offrent un minimum de protection mais sont nettement insuffisantes pour subvenir aux besoins des familles. S’engage alors un jeu de mises en scène et de relations en trompe-l’œil avec l’aide sociale, chaque partie faisant semblant de croire qu’il n’existe pas d’ « à-côté ». Parallèlement, des jeunes luttent pour se faire des positions incertaines dans des réseaux de revente de drogues ou de marchandises « tombées du camion ». La concurrence y est rude, les rapports sociaux y sont duels, ultra-libéraux, sans tiers régulateurs. Cette école de la rue expose les jeunes. La dureté des rapports sociaux, les comportements de domination/soumission et les trajectoires pénales peuvent altérer leur santé mentale, fragiliser leur paternité. et les marginaliser.
Quand les espaces publics sont davantage gérés par des regroupements de jeunes que par les adultes, la vie de cité produit aussi des tensions de genre importantes. Des jeunes prennent de plus en plus de pouvoir dans le foyer, sur leur mère et leurs sœurs, et, sur leurs territoires, auprès des filles de leur cité. Dès lors, les premiers rapports de genres sont faits de rancœur, d’animosité et de dissimulation. Les filles qui ont perdu leur réputation subissent parfois, dans la culture de la rue, une violence qui marque leur vie psychique et relationnelle. Des filles « font le garçon », se protégeant entre elles dans des « gangs de filles ». La plupart évitent plutôt les ennuis, feignant de se soumettre à la domination des garçons tout en les prenant de haut, en secret. Devenues femmes, elles éprouvent des difficultés à faire confiance aux hommes, à leur donner une place de père, à pacifier leur couple. Elles ne croient pas nécessairement à la possibilité d’un modèle égalitaire hommes/femmes. Prudentes, elles tablent d’abord sur leur propre protection. Certaines associent préservation de soi, défiance envers l’homme et appropriation des enfants.

Prospectives en matière de politiques sociales

Cette enquête montre la contre-productivité, pour la sphère familiale, de certaines mesures publiques.

Les critères d’accès au logement social féminisent l’habitat social, où vivent toujours plus de femmes seules avec leurs enfants. Après les séparations, les pères des mondes populaires doivent pouvoir avoir accès à des logements à prix modérés qui leur permettent de recevoir leurs enfants, au même titre que les mères. Octroyer un logement social au parent qui a la garde, tandis que l’autre doit se contenter d’un studio sans chambre d’enfant, favorise la désimplication des pères. Notons que cette politique impliquerait une augmentation globale du parc d’habitations sociales déjà réclamée par de nombreux acteurs. Si les jeunes ne trouvent pas, dans leurs groupes d’appartenance, des modèles de pères impliqués, le lien d’attachement et la responsabilité paternelle ne s’encodent pas dans leur personnalité sociale. On peut alors craindre une amplification de la dépaternalisation à la génération suivante.

Le droit social octroie ‘des primes à la solitude’, fragilisant les couples, séparant les familles. L’écart entre les taux d’allocation ‘isolé’ et ‘cohabitant’ ainsi que les réajustements constants des loyers sociaux en fonction du revenu global du ménage créent des systèmes de domiciliations fictives dont seuls les propriétaires véreux bénéficient. Les pratiques des ‘boîtes aux lettres de domiciliation’ donnent tout pouvoir aux femmes. Elles fragilisent la position des pères et beaux-pères, déjà peu nombreux dans les parcs d’habitat social. Si à chaque membre qui s’ajoute à un groupe familial (adulte ou enfant) correspondait une augmentation de l’allocation d’aide sociale globale du groupe (selon le principe de l’allocation universelle), chaque individu apporterait sa quote-part au bien-être du groupe, ce qui favoriserait la reliance plutôt que l’éclatement des noyaux familiaux. Ces nouvelles dispositions pourraient faire sortir les pères de ‘la clandestinité’ de résidence. Outre le gaspillage d’argent public, les domiciliations fictives ont des conséquences sur l’organisation interne des familles et leurs relations avec l’extérieur. Certaines ont une peur constante d’une invasion de leur vie privée. Ce qui altère leurs solidarités de voisinage et les éloigne des services d’aide.

L’enquête montre aussi l’importance du travail collectif et communautaire, en particulier dans les lieux marqués par l’insécurité sociale et les apprentissages des jeunes à « l’école de la rue ».
Pour réduire les tensions de genre, il est devenu essentiel d’ouvrir des espaces de parole sur l’évolution des relations filles/garçons et hommes/femmes, en milieu scolaire et dans les associations en contact avec les jeunes et les familles. Le travail réalisé par les acteurs à ce niveau devrait être encouragé et systématisé. Se rapprocher des parents, des mères, mais aussi des pères et des beaux-pères, établir une proximité avec eux et multiplier les espaces sociaux tiers, de dialogue, de médiation, de réflexion peut les aider à inventer leur paternité ou leur coparentalité quand les familles se transforment et évoluent. Resserrer le tissu social (en créant une amicale de locataires dans un immeuble, un comité de quartier, un groupe d’habitants, une association de parents ...) permet aux adultes d’échanger, de se transmettre une expérience sur les difficultés conjugales ou parentales qu’ils ont traversées, d’élaborer ensemble leur expérience de la coparentalité. Des projets de proximité pourraient aussi se rapprocher d’avantage des intérêts traditionnellement masculins. Dans les cités sociales, par exemple, la voiture est un champ d’intérêt capital pour les sociabilités masculines. On voit des pères et des fils réparer ensemble leurs voitures dans les parkings des après-midi entières. Mettre à leur disposition, des ‘espaces garages’, aménagés et correctement outillés ferait probablement sens dans ce monde particulier.

Les représentations sociales doivent continuer à évoluer pour que les parents puissent dissocier l’accès à l’emploi et la paternité. Le travail ne légitime pas l’autorité sans partage des pères sur les familles, pas plus que le désemploi ne les évince. Le chômage n’est pas une indignité, une marque d’inutilité sociale. Il peut permettre aux pères d’investir davantage leurs enfants ou petits-enfants. Ils peuvent expérimenter des relations inédites avec eux, les ouvrir au monde et développer leurs centres d’intérêt.

Des pères et des beaux-pères ont le sentiment que les services, les institutions et le droit de la famille donnent un pouvoir excessif aux mères. Comment éviter que l’intervention sociale n’altère la figure du père ou du beau-père ? Comment protéger l’égalité des droits parentaux ? Par des pratiques concrètes, l’intervention sociale, juridique et le monde scolaire peuvent soutenir les mères tout en préservant l’exercice de la paternité (envoi d’un double bulletin et du courrier scolaire aux deux parents, soutien de la place du père, proposition de médiation familiale ...).

Les enfants doivent pouvoir se projeter dans des pères et des mères qui se respectent et ont pacifié leurs relations, qu’ils vivent ou pas ensemble. Si les enfants ne le peuvent pas, le risque de les voir craindre l’autre sexe, lutter contre lui, se construire sur des modèles de virilité ou de féminité caricaturaux est majoré. Des enfants sans père sont dans ‘le languissement’ puis, plus tard, dans la révolte. A l’adolescence, ils n’arrivent pas à se projeter dans des hommes qui ne se sont pas occupés d’eux, surtout s’ils sont fortement disqualifiés par leur mère. S’ils ne trouvent pas de modèles masculins structurants dans leur entourage, ils risquent de s’identifier à des caricatures d’homme et de construire leur conscience masculine dans la rue auprès du groupe de pairs.

Conclusion

La condition d’homme et de père se transforme. Dans les quartiers populaires, l’extension du chômage et les transformations rapides des familles bousculent les modèles traditionnels. Pour réguler leurs relations familiales et aider leurs enfants à modérer leurs prises de risques, les pères doivent entrer dans des fonctionnements sensibles, des rapports négociés avec leurs (ex-)femmes et leurs enfants (ou leur nouvelle compagne et leurs beaux-enfants), auxquels la vie ne les a pas préparés. D’où l’importance de réfléchir à des pratiques et à des politiques sociales qui soient favorables à l’exercice des paternités contemporaines.


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